ECONOMIE | La paysannerie: principale victime de l’exclusion bancaire en Haïti

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Le développement en économie embrasse, entre autre, une répartition équitable des ressources, richesses et des services au sein d’une population, autrement dit, quand dans un même pays, la majorité de la population jouit de l’accès à tous les services de base et spécifiques ce qui entretient une cohésion sociale nécessaire à une croissance économique dynamique et pérenne.  

La décentralisation des services constitue en effet un point déterminant sur lequel les gouvernements exercent des pressions afin d’en assurer une répartition diversifiée, tout en tenant compte surtout des besoins ciblés par rapport aux spécificités géographiques et démographiques.

Dans le développement du secteur bancaire haïtien par contre, il parait très difficile de remarquer un déploiement géographique des banques commerciales qui participent activement à un développement économique équilibré dans le pays. Si les services publiques sont concentrés dans les zones métropolitaines, et souvent à Port-au-Prince, les banques commerciales de leur part reproduisent ce même schéma en se rendant pratiquement absentes et inaccessibles dans l’arrière-pays.

Cela s’appelle le phénomène de l’exclusion bancaire et financière qui entretient les inégalités sociales et régionales, une menace redoutable pour la croissance et la stabilité économique durable à travers une répartition équitable des chances. Ce phénomène se remarque tout aussi en une certaine concentration géographique, une inflation des services dans des zones qui subissent une pollution de leurs succursales pour un nombre moins important de la population.

L’accessibilité et la disponibilité des services bancaires en Haïti se révèlent être un véritable défi pour les clients permanents et occasionnels qui ont besoin d’utiliser au quotidien ces services. En plus de la remarque en dehors des loupes de la non compétitivité des services bancaires dans ce pays, vient s’ajouter une certaine anarchie que les lois bancaires n’ont pas pu permettre de résoudre. En effet une concentration excessive est remarquée dans certaines zones précises du pays, soit une surcharge de présence, alors que d’autres zones souffrent cruellement de ces besoins. Par exemple, un cultivateur qui travaille à Anse d’Hainault aura besoin de se rendre dans la ville de Jérémie pour effectuer une transaction bancaire, et risque d’y passer plusieurs jours si le service n’est pas disponible, alors qu’à Pétion-Ville seulement, on peut compter plus de banques commerciales que d’hôpitaux au service de cette commune.

Selon les données disponibles de la Banque Centrale en Haïti, sur les 27500 km2 avec environ 11 million  d’habitants, sept institutions bancaires sont opérationnelles dans le pays, soit une couverture d’environ 3.900 km2 par banque, et un service disponible pour 1,5 million haïtiens par banque. On dénombre alors la Unibank, la SogeBank, La Capital Bank, la Banque de l’Union Haïtienne, la CityBank, la Banque Nationale de Crédit et la Banque Populaire Haïtienne.

La répartition de ces services bancaires sur le territoire national, reflet assez fidèle du phénomène de centralisation auquel le pays tente de faire la guerre depuis des années, montre qu’on est encore loin d’avoir accès à une certaine justice sociale et égalité de droit dont l’Etat est garant envers chaque citoyen.

Les institutions financières en Haïti sont très claires sur la maintenance de l’inégalité des citoyens vis-à-vis des services qu’elles offrent. Un citoyen qui habite dans la commune de Pétion-Ville est carrément plus important que celui qui vit n’ importe où à Saint-Marc ou à Port-à-Piment.

Le maping du service veut que pour les 51 succursales de la Unibank, 31 se trouvent dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince qui représentent 60% de ses succursales, contre seulement 20 succursales, soit 40% pour tout le reste du pays, dont 2 succursales pour tout le Département du Sud et une seule pour tout le Département de la Grand’Anse qui représente seulement 2% de la disponibilité de ses services dans ce département.  Alors que la Commune de Pétion-Ville compte à elle seule 6 succursales dont trois guichets chauffeurs, avec pas moins de 10 Guichets Automatiques sans compter les nombreux agents autorisés Unibank TOUT KOTE éparpillés un peu partout. Cette accessibilité du service dans la Commune de Pétion-Ville ferait envier tout le reste du pays, quand on doit mentionner qu’il y a par exemple un seul guichet chauffeur pour tout le Département du Sud, pareil pour le Nord, alors qu’un tel service n’existe pas du tout dans le Département de la Grand’Anse. Pour ainsi dire, la commune de Pétion-Ville concentre à elle seule 20 % des services bancaires offerts par la Unibank en Haïti, largement supérieur aux Départements du Sud et la Grand’Anse réunis.

La SogeBank compte 24 succursales dans la zone métropolitaine dont 5 à Pétion-Ville, et seulement 18 réparties dans le reste du pays avec une seule pour tout le Département de la Grand’Anse, et seulement 2 pour le haut et bas Artibonite. Les guichets chauffeurs de la SogeBank sont inexistants dans les Départements du Nord, la Grand’Anse et l’Artibonite, alors que la zone métropolitaine de Port-au-Prince en compte jusqu’à 5.

La Capital Bank pour sa part concentre carrément son service dans la Commune de Pétion-Ville avec 6 succursales, contre une seule pour tout le Département du Sud’Est, une pour le Sud, une pour le Département du Centre, et zéro pour celui de la Grand’Anse. Et c’est uniquement à Pétion-Ville et à Delmas qu’on peut trouver un guichet automatique de cette banque.

Sur les 23 succursales de la BUH répartis dans tout le pays, 8 se concentrent dans la Commune de Pétion-Ville, alors que tout le Département du Nord n’en compte que 2 quand la Grand’Anse n’en a aucune.

Avec ses 39 succursales, la BNC serait la banque qui aurait une présence mieux répartie dans le pays avec une distribution plus ou moins équitable de ses services à la population haïtienne. Elle est présente dans le Nord’Ouest avec une succursale, se fait près des jérémiens, et rend disponibles trois succursales dans l’Artibonite et dans le Sud. Le Cap-Haïtien bénéficie de deux succursales et 5  à Pétion-Ville.

Une approche un peu simpliste s’empresserait d’avancer que les banques ont naturellement tendance à se concentrer dans les zones susceptibles d’avoir des activités économiques plus dynamiques et une circulation plus importante d’argent. Cette approche appuie le réflexe des investisseurs privés qui veulent avoir la garantie de faire des placements dans des environnements financièrement viables, sans se soucier des conséquences liées au développement économique global. C’est alors que rentre en jeu l’Etat régulateur à travers la mise en place et l’application d’une politique public-privée bien définie dans les lois bancaires afin d’inciter, encourager, sinon obliger les institutions financières non seulement à diversifier leurs produits afin d’encourager la compétitivité, mais surtout  à faire de la décentralisation, la disponibilité et l’accessibilité des services un point central pour permettre à ces institutions de participer efficacement à un développement économique équilibré, et réduire du même coup les inégalités sociales dans ce pays, sources de nombreux cas d’insécurité, de criminalité et de banditisme.

Joseph LEANDRE

Joseph LEANDRE

Je suis Psychologue avec une spécialité dans la psychologie de la négociation. J'ai un diplôme en Droit International Humanitaire, Droit de Genève ou Droit des Conflits Armés. Je m'intéresse de manière particulière aux Droits des Femmes et aux violences basées sur le genre. Je suis pourtant un peintre portraitiste et un malade de Jazz fou imitateur de Stanley Jordan, mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est lire et écrire!

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