EDUCATION | Le droit à l’éducation : que dit la Constitution haïtienne?

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Éducation, ce concept utilisé à tout va par les politiciens afin d’avoir les faveurs du peuple n’est pourtant pas une faveur, ni un privilège que ceux qui  dirigent offrent s’ils le veulent bien, mais c’est un droit garanti par la Constitution et une obligation faite à l’Etat de s’assurer que sa population ait accès à une éducation de qualité.

L’éducation permet de développer son identité et ses capacités intellectuelles qui favorisent l’intégration sociale et professionnelle. Elle permet aussi la transmission des valeurs communes et ainsi perpétuer les principes de toute une société. Selon l’historienne Suzy Castor, aucun pays ne peut se développer sans qu’il y ait une base éducative : « Sans cette base, vous aurez une majorité de personnes qui ne seront pas des citoyens conscients. ». Le développement économique, social et culturel d’un pays en dépend grandement puisque « la finalité de l’éducation est l’amélioration de la qualité de vie d’une personne. »

L’école gratuite n’est pas une faveur

Dans la Section F, du Chapitre II de la Constitution, l’article 32.1 stipule «  L’éducation est une charge de l’Etat et des collectivités. Ils doivent mettre l’école gratuitement à la portée de tous, veiller au niveau de formation  des enseignants des secteurs public et privé. ». Eduquer un peuple ne peut s’inscrire dans un programme délimité dans le temps comme l’était le Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire (PSUGO) de l’ex-président Michel Martelly qui voulait scolariser « plus d’un million d’enfants sur une période de cinq années ». Le budget « officiel » de ce programme portait sur 43 millions de dollars US par année mais le programme s’est soldé par un échec à cause de la probable mauvaise qualité des enseignements et surtout des fraudes. Oui, la Constitution favorise la scolarisation massive qui permettra le développement du pays mais cette scolarisation massive doit aussi se porter sur le long terme.

Enseignement fondamental obligatoire

L’article 32.3 de la Constitution met l’accent sur le caractère obligatoire de l’enseignement fondamental. L’Etat a pour devoir de mettre en place des écoles primaires publiques et gratuites et les parents sont dans l’obligation d’envoyer leurs enfants à l’école. L’Etat garantit aussi la distribution des fournitures classiques et le matériel didactique gratuitement. De même, non seulement la formation préscolaire et maternelle est prise en charge par l’Etat et les collectivités territoriales mais aussi l’enseignement agricole, professionnel et technique pour les plus âgés.

Quitte des écoles primaires privées ?

Les écoles privées représentent environ 82% des écoles en Haïti. Le mal étant déjà fait, l’Etat ne peut qu’établir un programme finançant ces écoles privées tout en développant les écoles publiques déjà établies afin que tous les élèves puissent bénéficier de l’éducation gratuite offerte.

La Constitution de 1987 prône non seulement l’éducation massive  mais aussi l’éducation pour tous car comme le cite clairement l’article 32.8 « l’Etat garantit aux personnes à besoins spéciaux la protection, l’éducation et tout autre moyen nécessaire à leur plein épanouissement et à leur intégration ou réintégration dans la société. »

Durant les deux dernières années à cause des troubles socio-politiques et sanitaires, 2.328.079 d’élèves ont dû rester chez eux, manquant ainsi une bonne partie du programme scolaire. Durant le confinement annoncé par le gouvernement, le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle a mis sur pied un programme de cours diffusés sur plusieurs chaines de télévision pourtant c’était évident que ça n’allait pas marcher sur le court terme (et sur le long terme non plus).

Peu de temps après la réouverture des classes, les crises socio-politiques ont encore refait surface dont la crise la plus récente est celle du 7 février dernier, date supposée du fin de mandat de Jovenel Moïse qui créa un vent de panique chez les parents qui ont préféré jusqu’à aujourd’hui garder leurs enfants chez eux et dire qu’en plus de cette crise politique, les autres raisons ne manquent pas : les cas de kidnapping et la précarité économique entre autres favorisent la peur chez les parents de même que chez les enfants. Le MENFP ne semble pas s’être préparé à tout éventuel trouble puisqu’en ce jour aucune disposition n’a été encore annoncée afin d’assurer l’éducation des élèves durant l’année scolaire.

Antz Franceley ESPERANCE

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