Rediff. | POLITIQUE | À l’approche du 7 février 2021 : Jovenel Moïse se tient à un fil d’araignée

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Après les fêtes de fin d’année, Haïti se réveillera, sur le plan politique, avec de nouveaux défis pour l’année 2021. Jovenel Moïse, président actuel, se fixe deux grands chantiers à réaliser  : doter le pays d’une nouvelle Constitution par voie référendum et réaliser les élections. Deux défis qui s’annoncent difficiles à relever, car la  bataille politique s’annonce déjà pour ce début de l’année 2021. L’opposition se mobilise, le pouvoir se prépare à faire échec aux mouvements populaires afin d’allonger son mandat jusqu’au 7 février 2022. L’international, quant à lui, semble se repositionner : Jovenel Moïse se tient à un fil d’araignée.

Déficit de légitimité

Si les mouvements « pays lock », n’ont pas pu injecter Jovenel de la chaise présidentielle, ils montrent néanmoins que le pouvoir en place est très décrié  par la grande majorité de la population. Ce déficit de légitimité auquel fait face le pouvoir exécutif ne fait que fragiliser son avenir, et cela remonte jusqu’à ses faux premiers pas. Suite à son arrivée au pouvoir, Jovenel Moise, sous la coupe réglée de législatif, a publié  un budget, qualifié par les opposants politiques  de « budget criminel ». À la suite de la publication de ce budget, commence les mouvements populaires pour dénoncer ce document  qui, en dépit des protestations populaires, laisse le pouvoir indifférent. Les 6 et 7 juillet 2018, encore une fois, malgré l’opinion publique n’était pas favorable à l’ajustement du prix des produits pétroliers, le gouvernement a décidé d’opérer des ajustements, jusqu’à provoquer une émeute où la population, en colère, pille les magasins,  incendie des véhicules, etc et ce sous les regards impuissants de la Police Nationale d’Haïti.

Implication du pouvoir dans des massacres

Dans la nuit du 13 au 14 novembre 2018, à La Saline, quartier populaire situé au bas de la ville de Port-au-Prince, un massacre a eu lieu. Des citoyens se sont vu tirer de leur lit, pour être mutilés, exécutés, brûlés puis jetés dans un site de décharge à la merci des animaux. De hauts fonctionnaires de l’Etat et proches du pouvoir sont pointés du doigt pour leur implication dans ces actes criminels,  selon les rapports des organisations de défense des droits humains en Haïti et l’Organisation  des Nations-Unis (ONU). Il s’agit d’un massacre d’État, toujours selon ces rapports. À ce massacre de La Saline s’ajoute celui du Bel-Air. Selon un rapport du réseau national de défense  des droits humains (RNDDH), du 4 au 8 novembre 2019, le pouvoir exécutif aurait utilisé un groupe armé dirigé par l’ancien policier Jimmy Chérisier alias Barbecue pour massacrer la population de ce quartier situé au nord de Port-au-Prince. À rappeler que le 24 avril 2019, un autre massacre a eu lieu à Carrefour-Feuilles.

Le repositionnement de l’international

Le président Jovenel Moïse, malgré les mouvements populaires paralysant complètement le pays pendant trois mois, pour réclamer son départ du pouvoir, n’a pas bougé d’un poil. Rejeté presque par toute la population haïtienne, le locataire du palais national a eu le coup de main de l’international pour se maintenir au pouvoir. Aujourd’hui, suite à la publication de plusieurs décrets  présidentiels, en particulier ceux concernant l’organisation et le fonctionnement de l’Agence Nationale d’Intelligence (ANI) et du décret pour le renforcement de la sécurité publique, le Core Group, dans un communiqué publié au début du mois décembre se dit inquiet de ce qui est dit dans ces décrets. Rappelons que le 25 août 2020, l’ambassade américaine en Haïti s’empresse de rappeler au président Jovenel Moïse de faire preuve de retenue suite à la publication d’une série de décrets. À ce stade, Jovenel Moïse perd petit à petit le soutien de l’international.

Jovenel Moïse, l’ennemi commun des opposants

Malgré les problèmes qui règnent au sein du secteur de l’opposition politique, leur guitare s’accorde sur le départ de Jovenel Moïse. Moïse Jean Charles, secrétaire général du parti  politique Pitit Dessalines, dans une conférence de presse tenue au début du mois de décembre 2020, se donne rendez-vous pour le début de l’année prochaine afin de relancer la mobilisation. Objectif, renverser Jovenel Moïse au pouvoir. Le Secteur Démocratique et Populaire, regroupant les opposants les plus farouches au pouvoir en place, de son côté, s’accorde unanimement sur le départ de Jovenel Moïse. D’ailleurs, le porte parole du secteur démocratique et populaire, Me. André Michel,  a fait une courte déclaration  pour annoncer que son secteur n’observera pas de trêve politique, même en cette période de fin d’année. 7 février 2021, voilà la date qu’il faut retenir pour la victoire finale, selon Me André Michel.

La dégradation du paysage politique se fait sentir de jour en jour. Si la Constitution haïtienne,  dans son article 134.2, a déjà  tranché  sur la date  du 7 février 2021, marquant la fin du mandat de Jovenel Moïse,  ce dernier, quant à lui, espère une prolongation de la part du peuple haïtien (peuplement parlant). Important est à considérer, c’est que la chance pour que Jovenel reste au pouvoir jusqu’au 7 février 2022 s’amincit  fort de toutes ces considérations dans les lignes plus hautes.

Wilder SYLVAIN

Wilder SYLVAIN

Wilder SYLVAIN...

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