POLITIQUE | Haïti a connu un weekend aux souffles courts…

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Depuis deux décennies, l’espace social haïtien offre le spectacle d’une zone d’instabilité, d’insécurité et de troubles. Les crises qu’elles soient sociales, économiques ou politiques s’enchainent et se ressemblent : crise de 2000, 2004, 2006, 2008, 2010, 2016, 2018 et d’aujourd’hui.

Des contestations sans fin d’élections frauduleuses,  aux scandales de corruption (affaire Petro Caribe par exemple),  ajouté au départ souhaité de l’actuel président Jovenel Moise, la crise s’alimente, les problèmes s’aggravent, la société haïtienne se désagrège… se décompose. Mais que dit l’Etat ? que fait-il s’il existe encore ?

Alors que la date du 7 février approchait, une atmosphère de panique s’installait dans le pays. Cette date du 7 février 2022 dont le président parle à longueur de journée est dénoncée par une grande partie de la population haïtienne et l’opposition, qui soutiennent que le mandat de M. Moïse arriverait à terme le 7 février 2021. 

Depuis la fin du mois de janvier, de longues files d’attente serpentent devant les banques commerciales. La hausse généralisée des prix des produits de premières nécessités s’impose. La semaine dernière, dans les supermarchés, des ruptures en stocks  des articles tels du pain, œufs, beurre, fromage, laits etc. sont de plus en plus fréquentes. Tout le monde est sur le qui-vive de ce qui pourrait se produire, car une tempête pourrait bien arriver. Circulation facile dans la capitale, Tap-tap ayant du mal à trouver des passagers qui restent chez eux, dans certaines pompes à essence se remarquent certaines fois des embouteillages, non à cause d’une rareté de carburant, mais les gens ont préféré faire le plein d’essence pour stocker dangereusement à la maison au cas d’un éventuel « pays lock ».

De plus, dans les stations d’embarquement à Portail Léogâne en particulier,  des dizaines de familles font le déplacement en laissant Port-au-Prince pour se rendre dans les villes de province : Cayes, Jacmel, Jérémie, Léogâne, Petit-Goâve étaient les principales destinations.  

Trois de ces nombreuses personnes nous ont fait part de leur indignation « Nou kite Kapital la pou n kite gwo van terib ki prepare pou soufle sou peyi a pase» a confié une mère de famille accompagnée de ses deux enfants qui se rendaient à Léogâne. « Mwen paka sipote estrès sa ki genyen nan kapital la, madanm mwen paka ap tande, gade tout nouvel sa yo » a laissé entendre  un monsieur accompagné de sa femme enceinte qui voulait se rendre à Grand-Goâve rejoindre sa mère.  « La prudence est de mise, rien ne m’oblige à assister à ce carnage, ma famille est en province, je reviendrai lorsque le  calme revient, si toutefois  c’est pour bientôt » a laissé entendre un étudiant d’une université de la Capitale.

Les chauffeurs quant à eux se sont réjouis d’une part parce qu’ils pouvaient faire plus de deux aller-retours dans la journée mais ils étaient tous aussi angoissés, parce que cet empressement ne sous-entendait rien de bon, c’était le présage d’une catastrophe qui malheureusement ne pouvait être évitée.  

Ne sachant pas ce qui adviendrait, doute généralisée,  peur au ventre, manifestation projetée, grande inquiétude. A deux jours seulement de la date butoir, le président continuait toujours de lancer des propos acerbes face  aux membres de l’opposition.

On pourrait alors cataloguer ce weekend parmi les plus longs et les plus incertains qu’a connus la population haïtienne dans un contexte sociopolitique précaire.

Rebecca Clermie LIBERUS

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