Rockfeller VINCENT, un ministre non ministrable

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L’un de nos professeurs à la Faculté de Droit nous rapporta un jour, quand on demanda à l’éminent homme d’État Marc Louis Bazin, ce qui avait suscité un tel succès de sa part lorsqu’il était ministre des finances en 1982 sous le gouvernement de Jean Claude Duvalier alors même que le pays était sous le joug de la dictature, celui-ci déclara : « J’ai su placer près de moi, des hommes et des femmes tout comme moi ministrables ». En somme, que pour cet homme intègre animé par la passion de servir le poste de Ministre exige non seulement la compétence et la capacité, mais aussi le discernement. Car il faut avant tout pour être un bon chef savoir placer près de soi des hommes de valeur, fait du même bois que soi capable de saisir la dimension de nos propres idéaux.

Ne nous étonnons donc pas des différentes actions mener par le gouvernement en place en ce moment en Haïti, quand on entend son ministre de la Justice censé être un homme de Droit déclarer qu’un Juge de la Cours de Cassation qui a été appréhendé en sa demeure en la personne du Juge Yvickel Dieujuste Dabrezil ne saurait jouir de l’immunité.


Étant donné que le souci n’est pas de donner par ce texte un cours sur les différentes notions de Droit nous n’essayerons pas d’établir la différence entre les termes d’immunité et d’inamovibilité. Mais tenons tout simplement à rectifier que, conformément à l’article 177 de la Constitution de 1987 les Juges de la Cour de Cassation, de la Cour d’Appel ou des Tribunaux de Première Instance sont inamovibles. Comme le précise donc l’article ils ne peuvent être destitués que pour forfaiture légalement prononcé… C’est-à-dire à la suite d’une décision de justice, prononcée contre ceux-ci par l’organe judiciaire compétent en l’occurrence il s’agit de la Haute Cour de Justice, dans le cas d’un Juge siégeant en Cassation. Mais quel rapport dirions nous existe- t’ il entre une décision prise par celui qui est considéré comme étant le chef de l’État et l’incompétence d’un ministre ?


Le terme ministre dans sa définition étymologique vient du latin minister ; celui qui aide, qui sert, qui conseille le souverain. En somme un ministre d’État et ou d’un Gouvernement est là pour conseiller, aider et servir dans non seulement les prises de positions, les actes du Gouvernement mais aussi dans l’orientation idéologique de la politique de celui-ci. En somme que les actions posés par un membre du Gouvernement en bien ou en mal, ne reflète pas seulement ses idéologies personnelles mais aussi de tous ceux qui participent dans les prises de décisions à savoir les ministres, conseillers d’État, conseillers personnels etc. Car tout comme dans le corps humain, au sein d’un appareil tous les organes comptent et le désaccord de l’un par rapport au fonctionnement des autres créé le désordre dans son ensemble, il en est de même des pouvoirs étatiques.

Il ne faut donc pas croire que la décision de destituer plusieurs des magistrats de la Cour de Cassation à pris naissance dans la tête d’un homme, mais d’un appareil de l’État en la personne du pouvoir exécutif avec la participation directement ou indirectement de tous ses membres. C’est en prévision de cela que l’article 163 de la Constitution de 1987 déclare : « le Premier Ministre et les Ministres sont responsables solidairement des actes du Président de la République qu’ils contresignent que de ceux de leur ministère… ».
Le Ministre de la Justice, Premier Conseiller Juridique du Pouvoir Exécutif.

Ayant admis qu’un Ministre est avant tout un conseiller, il est normal de voir en la personne du Ministre de la Justice le premier conseiller juridique du Pouvoir Exécutif. Et donc rentre en jeu de plus au premier plan, dans toutes décisions à caractère juridique où engageant les Autorités Judiciaires, prises par n’importe quel membre de celui-ci. D’ailleurs l’article 163 poursuit pour dire que les Ministres : « sont également responsables de l’exécution des lois, chacun en ce qui le concerne », pour dire mieux dans leur domaine d’expertise. Mais il est clair que le ministre demeure avant tout un serviteur, il est certes là pour défendre les intérêts du Gouvernement. Mais le Ministre avant d’être un membre du Gouvernement est aussi un citoyen, un fils à part entière de la Nation, devant s’assurer que les intérêts du Gouvernement correspondent à l’idéal National. Car il demeure un professionnel de carrière intègre dont le but est de servir par dessus tout.


Ainsi il est possible de constater en observant les actes posés par le Gouvernement qui se maintient bon gré, mal gré à la tête du Pays l’inaptitude de son premier conseiller juridique à accomplir intègrement et adroitement son travail. Car la situation est claire et nette un parlement inopérant par des élections parlementaires non réalisés et donc un corps législatif non renouvelé. Un système judiciaire aujourd’hui des plus mal, martyrisé, violenté et vilipendé sous le silence d’un ministre de la Justice soi disant artisan du programme de sécurité publique, d’où sa dénomination de Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, homme de lois censé la connaître, la métriser et la respecter.

Comment établir la sécurité dans un pays ou l’organe de pénalisation à savoir le système judiciaire est affaibli au plus bas. Comment empêcher les kidnapping, les meurtres, les vols, les viols et tout autre acte criminel si les magistrats censés punir les délinquants qui les commettent sont présentés et traités eux même comme des criminels. Mais la Sécurité Nationale, est-ce vraiment là le souci du pouvoir en place et de Mr Rockfeller Vincent lui-même?

Et que devions-nous attendre d’un individu qui avait été révoqué quatre années plutôt à savoir en 2017 de son poste de substitut du Commissaire du Gouvernement lors même qu’il était au sein même de l’appareil judiciaire et avait donc la possibilité de poser des actes concrets, pour absence de performance comme mentionné dans sa lettre de révocation en date du 21 Septembre 2017, signé par le Premier Ministre d’alors Jack Guy Lafontant.
Mais alors cet homme qui a été mis hors de l’appareil judiciaire pour improductivité, comment pourrait il être ministrable ?! Et comment Haïti pourrait ne pas demeurer dans ce Chaos éternel lorsque nous faisons fuir ou détruire les hommes de valeur capable de produire un réel changement pour ne traiter qu’avec les plus vils et les plus médiocres ?!!

jinn Corriny PIERRE-LOUIS

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