SOCIETE | L’asexualité en proie à la discrimination

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Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir une sexualité épanouie, il y a aussi des personnes qui  s’abandonnent à l’abstinence et il y a aussi celles qui n’ont aucune envie de relations sexuelles ni de masturbation: ce sont alors les asexuelles.

L’asexualité désigne une absence d’attirance sexuelle. Elle est méconnue, elle est invisible dans notre société hyper sexualisée et elle est vue comme une aberration. En Haïti surtout, pour être « un homme, un vrai », il faut s’assurer d’avoir une virilité hors-pair, il n’est pas question de ne pas pouvoir satisfaire une fille sexuellement, surtout chez la gente masculine haïtienne qui a toujours pris le plaisir de vanter sa virilité.

Joseph, âgé de 25 ans, habite à Delmas 30, il a du mal à se faire accepter par les jeunes de son quartier. Moqueries, chuchotements, harcèlements, injures  sont le lot quotidien de ce jeune homme qui est fatigué de vouloir faire comprendre aux gens de son entourage et à la société qu’il n’est pas celui que l’on prétend. 

Catégoriquement, il déclare « Je ne suis pas homosexuel et je ne le serai jamais.  Je n’ai jamais eu de l’attirance pour un homme et cela ne va surement pas m’y arriver. J’en ai marre de vivre des situations embarrassantes à cause les gens autour de moi ou de m’associer avec Mendel. »

Enervé, les poings serrés, la colère et l’incompréhension brillent à grands éclats dans les yeux de Joseph Emmanuel mais très furieux quand les gens de son quartier le surnomme Emmanuella. Sa bouche sèche à force d’essayer  de dissuader ses amis qu’il n’est pas homosexuel et s’il ne bande pas facilement et n’a pas une relation sérieuse avec une fille depuis son adolescence, c’est parce qu’il est asexué. Cependant dans une société en plein débat sur le genre et que les cercles sont fermés seulement sur les autres identités, personne ne prête attention à l’asexualité. On pense que Joseph souhaite cacher son orientation sexuelle (homo) au lieu de l’assumer.

« Sous la pression de mes amis, je me suis forcé plusieurs fois d’avoir des relations sexuelles mais je les ai très mal vécues. J’ai découvert mon asexualité quand j’avais 16 ans. J’avoue que je suis attiré par les belles femmes, intelligentes mais j’ai un blocage à chaque fois que je désire entamer une nouvelle relation. Je refuse de m’adonner à la norme qui dit tu aimes, tu baises, tu n’aimes pas, tu baises »

Puisque la sexualité est aperçue comme un besoin essentiel, les personnes asexuées sont toujours présentées comme ayant besoin d’un traitement médical. Ces jeunes sont rarement compris, choquent les autres et subissent des discriminations. C’est pourquoi, ils ont pris l’habitude de se renfermer sur eux-mêmes, car ils ont l’impression de n’être pas comme les autres. Parfois, ils recourent à  une psychothérapie sans en avoir besoin. Pourtant, la personne qui se dit asexuelle est normale et a envie de vivre une relation de couple comme tout le monde. Mais  la pression sociale oblige certains à avoir des expériences sexuelles s’ils ne veulent pas paraître frigides.

Pour Chantale, l’asexualité a été un déclic et elle l’a découvert grâce à son ancien copain.

« Il était très demandeur de sexe, comme je l’aimais, je me sentais obligé d’avoir des relations avec lui mais  je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais rien ressentir. J’ai fait alors quelque recherche, quand je lui ai fait part de mes doutes, il m’a ris au nez puis s’est mis en colère, d’après lui, c’est parce que j’avais quelqu’un d’autre et que je cherchais un prétexte. Apres quelques jours, il a mis fin à notre relation.»

Comme Joseph, Chantale se sent pointé du doigt par les gens de son entourage

« Je suis mal à l’aise quand quelqu’un me pose des questions sur ma sexualité,  quand j’essaie de leur faire comprendre ce que j’ai, ils ne me montrent pas beaucoup d’intérêt. »

D’après les sexologues, il n’y a pas vraiment un traitement pour les personnes asexuées et ces dernières peuvent se considérer comme des personnes normales, avoir une relation de couple. Mais s’il agit d’une relation où les deux personnes sont asexuées, cela ne posera pas de problèmes, toutefois, si c’est l’une d’entre elles, cela peut créer de grave troubles, sans oublier la solitude et l’infidélité.

Joseph et Chantale ce sont des noms d’emprunts

Saphira ORCEL

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