SOCIETE | Le vaudou diabolisé dans le cinéma haïtiens

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Le vaudou fascine surtout les occidentaux. C’est pourquoi, cette religion a toujours été considérée comme une cible de destruction. Le vaudou fait peur depuis longtemps et est sans cesse combattu. De nos jours, il fait l’objet d’un ensemble de clichés dans les romans, nouvelles et les films haïtiens en particulier.

Avec la montée foudroyante des religions dans le monde, surtout le christianisme, les croyances du vaudou sont de plus en plus diabolisées et foulées aux pieds. Les pratiquants de cette religion un peu primitive, qui est la rencontre de 21 tribus africaines,  est marginalisée. Certains sortent de l’ombre le mauvais côté des choses pour préjuger et étiqueter le vaudou d’un ensemble de stéréotypes. Et ceci, en dépit de  la reconnaissance des États de l’importance de la liberté religieuse ou de croyance dans la déclaration universelle des droits de l’homme. Le vaudou n’a cependant pas trouvé la paix, le respect et la tolérance auprès des non adeptes. Pourtant, si l’on remonte à l’histoire de la colonisation française en Haïti, on verra que c’est la première des religions. Le vaudou était là avant toutes les autres.

Le vodou a été reconnu comme religion en 2003 suite à un arrêté pris par l’ancien prête, Jean Bertrand Aristide. De là, cinq ans après, Max Gesner Beauvoir fut le premier Ati national du vodou haïtien qui est divisé en plusieurs familles de loas. Les loas rada (Danmballah-wedo, les petro) et Atibonlegba, le gardien des barrières et le maître des carrefours. Aujourd’hui, lorsqu’on interroge un non adepte sur le vaudou, il est fort probable qu’il répond que c’est une mauvaise chose à laquelle il ne faut pas s’adonner. Il trouvera tant d’adages pour essayer de qualifier le vodou comme la source du mal.

C’est ainsi, que depuis un certain temps, on retrouve dans les films haïtiens une scène vodou, qui le plus souvent n’a qu’un seul objectif : montrer les pouvoirs maléfiques des divinités du  vodou. A titre d’exemple, les aventures de Bòs Djo, une production de Moise Kharméliaud et de Stephane Baptiste. Dans ce film, on relate l’histoire de Bòs Djo qui ne pouvait pas subvenir aux besoins de sa famille. Et ne sachant pas à quel saint se vouer, il accepta un jour d’accompagner son voisin Kénold  chez un houngan après avoir entendu les témoignages incitants de ce dernier. Pourtant un pacte entre le houngan et le voisin était déjà scellé, celui de s’emparer l’âme de Bòs Djo pour avoir de l’argent en retour. Bòs Djo n’avait qu’à le gifler pour qu’il meure. Malheureusement pour le voisin, c’est sa femme qui le souffleta en premier. Elle mourra. Le diable n’a pas de pitié, dit-on.

C’est le même cas de figure pour le miracle de la foi, un film réalisé par Jean Gardy Bien-Aimé. Dans ce long métrage, Melissa, la petite amie de Mike quitte sa famille pour partir en mission évangélique à Marigot. Comme le soleil se couchait, Melissa demanda à une dame de la zone  un endroit pour passer la nuit. C’était un « Lakou », ou l’on se réunissait pour les cérémonies de vodou. Lors de cette soirée, les hôtes dudit « Lakou » ont organisé une commémoration pour la transformer en bœuf. Malheureusement, leur coup échoua. Dieu l’a délivré du diable, disent-ils. Le lendemain, de très tôt, avant de reprendre son chemin, Melissa invite Annette, l’une des « Manbo » à nier ses croyances et se retourner vers le Bon Dieu. De là, Annette ne participait plus aux séances et aux interpellations. Voyant cela, les autres vodouisans ont fait des tentatives pour la tuer.

On peut citer aussi « Fénelon », ce film de Gary Agent, « Alelouya, « le choix de ma vie », «…  », pour ne citer que ceux-là. De fait, « Crime, saleté, pouvoirs maléfiques », sont entre autres les appellations du vodou dans les films haïtiens. Ils sont rares aujourd’hui, les films haïtiens qui promeuvent la création culturelle dont fait montre le vaudou avec sa musique, sa danse, son rituel et sa mythologie. L’un des rares œuvres qui montre l’application de la justice du vodou, SONSON, un film de Jean-Claude Bourjolly et Wilfrid Brignolle.

Plus d’un sait que le bien et le mal dont en parle ne se trouvent pas que dans le vaudou. Ils sont partout. Ce sont des choses inhérentes à la nature de l’homme. Les pouvoirs des divinités du vaudou sont des forces qui peuvent être manipulées selon les désirs humains Si certains s’en servent pour faire le bien, d’autres en profitent pour faire le mal. Tout comme dans les églises, on peut retrouver des pasteurs ou des prêtes  qui utilisent le nom de Jésus pour escroquer des fidèles. Est-ce qu’on peut qualifier pour autant le christianisme comme une mauvaise chose? On n’a pas besoin du vodou pour faire le mal ou commettre des crimes. L’homme est le seul maitre de ses décisions.

Il faut signaler qu’après l’indépendance, le président Fabre Nicolas Geffrard a signé un concordat en 1860 avec le Vatican qui a fait du catholicisme la religion officielle d’Haïti. Après cette signature, les vodouisans ont subi beaucoup de persécutions. Ils ont été forcé de brûler leurs accessoires de cultes, à faire de leurs esprits protecteurs, des démons et ont abandonné leur connaissance des feuilles. Toutes ces décisions les ont conduit à pratiquer le vaudou en cachette afin d’éviter la condamnation de l’église catholique. C’est pourquoi aujourd’hui, la connaissance des feuilles, de l’invisible, de la nature crée une certaine frayeur chez les occidentaux qui veut de leurs côtés, universaliser la science. De plus, l’histoire raconte qu’une armée faite d’esclaves possédés par les esprits vodous ont combattu l’armée napoléonienne. Une raison de plus de faire du vaudou une cible de destruction.

Jessica NAZAIRE

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