SOCIETE | Quelle instance contrôle la qualité des produits en Haïti ?

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Depuis 2003, un projet de loi sur le contrôle alimentaire a été élaboré  en Haïti dans le cadre d’un programme intitulé « Renforcement des capacités nationales dans le domaine alimentaire ». Cependant, aucune suite n’a été donnée à cette démarche jusqu’à date. Entre-temps les consommateurs haïtiens continuent de se plaindre sur la qualité de certains produits que les producteurs continuent d’écouler sur le marché.

Lorsqu’un client entre dans un supermarché,  il se rend sur les étagères, le premier produit choisit l’a surpris. Cannette en main, il regarde sur la boîte, le produit arrive à expiration dans exactement deux jours. Il le dépose sur l’étagère et fait demi-tour. Etes –vous déjà victime de cette situation ? Qui contrôle la qualité des produits  en Haïti? Que prévoit la loi haïtienne contre ces vendeurs qui délibérément choisissent de d’exposer des produits périmés ? Est-il recommandé de placer sur une étagère un produit à 24 heures de sa date d’expiration ?

En effet, des produits avariés ce n’est pas ce qui manque dans la Capitale, des produits de mauvaises qualités sont écoulés quotidiennement dans les marchés publics, sur les étagères des boutiques et supermarchés, on s’en plaint sans vraiment avoir espoir que cette situation changera un jour, car Haïti est l’un des rares pays ou l’état reste passif dans ce domaine « contrôle de la qualité des produits destinés à la consommation ».

Des cannettes de laits ou de jus périmés, des boîtes de conserves de produits de toutes sortes (saumon, pate de tomate, jumex, famosa etc…), des œufs, fromage il n’en manque pas à la liste. Pas un jour ne se passe sans qu’il y ait un consommateur qui ne  se plaint de la mauvaise qualité d’un produit acheté, en plus du coût exorbitant, il est doublement victime. Le pire dans cette situation c’est la mauvaise foi des producteurs, dirigeants d’entreprise qui, animés par une mauvaise conscience et un souci malsain du profit à n’importe quel prix, participent de leur plein gré à ce trafic à offrir  à leur clientèle des produits toxiques à la consommation.

Pire encore,  d’autres chefs d’entreprise sans scrupule, dans le but de tromper la vigilance des consommateurs trafique les emballages. Tandis que d’autres confient aux marchands ambulants (détaillants) des stocks de produits qui vont revendre sur les trottoirs. Cette pratique est alimentée d’une part par la grande faiblesse des structures de contrôle qui alimentent amplement l’épanouissement de ce trafic et encourage le non-respect des consommateurs, et d’autre part, encouragent ceux ayant la mentalité de négliger l’écriture. Ainsi certains acheteurs sont plus intéressés à ce que contient la cannette plutôt qu’aux informations fournies sur l’emballage. Ajouté à cela, le fameux dicton : « Mikwòb pa touye Ayisyen ». Une tendance, qui laisserait croire que les haïtiens seraient immunisés contre les microbes.

Alors que les problèmes d’intoxication alimentaire s’inscrivent parmi les causes de mortalités en Haïti, il n’y a pas de loi sur le contrôle alimentaire. Pourtant, depuis janvier 2000, le MCI de concert avec les Fonds pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) ont envisagé, entre autres « d’améliorer la qualité des approvisionnements ou denrées alimentaires, de doter le pays d’une législation en la matière et établir un cadre institutionnel adapté aux divers acteurs du système de contrôle des denrées alimentaires.».

Le contrôle des aliments est d’autant plus important aux regards de l’importance des enjeux qu’il encourt. Ces enjeux sont d’ordre sanitaire et économique.

Enjeux sanitaires : avec les risques liés á la consommation des produits avariés, on consomme de nombreuses bactéries, ces aliments peuvent entrainer des douleurs abdominaux, des problèmes de digestion, des risques cardio-vasculaires jusqu’à entrainer la mort.

Enjeux économiques : les consommateurs tiennent comptent de leur loyauté envers les consommateurs et également de la concurrence loyale envers les opérateurs. Dans un registre international, les enjeux économiques du contrôle alimentaire tiennent compte de la fiabilité à l’exportation.

Beaucoup d’opérateurs sur le marché profitent de l’irresponsabilité de l’Etat pour vendre tout type de produits de classe « hors normes ». D’ailleurs, il n’y a pas de compétition sur beaucoup de marché en Haïti. Le pays a un ensemble de secteurs d’activités contrôlés par un groupe d’amis qui forment entre eux un oligopole. Il est alors difficile de faire évoluer la qualité dans un tel contexte.  A qui doit-on se plaindre de la mauvaise qualité d’un produit si l’Etat ne prend pas ses responsabilités et si le parlement haïtien ne vote pas le projet de loi à cet effet ?

Des tonnes de produits alimentaires avariés ou périmés continuent d’être abandonnées dans des dépotoirs, en attendant des lois inexistantes et un service de protection du consommateur efficaces. Une association de protection de consommateurs solide, apolitique et qui défend réellement les intérêts de la population haïtienne.

Rebecca Clermie LIBERUS

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