Pollution des usines de farine de poissons : Sénégal Protéines se démarque

La menace de fermer les usines de farine de poissons est devenue réelle à cause de la pollution qu’elles génèreraient au niveau des populations. En quelque sorte, cette fermeture serait une demande sociale pour la préservation de la santé des populations. Mais, dit-on, dans toute règle, il y a une exception. L’usine de farine de poissons « Sénégal Protéines » constitue, justement, l’exception dans ce domaine des industries polluantes.

Depuis des années, les usines de farine de poissons sont pointées du doigt pour l’importante pollution qu’elles causeraient. Une pollution qui présenterait de nombreux dangers pour la santé des populations. Soucieuse d’échapper à la vindicte, pour préserver son image et aussi par souci éthique, l’entreprise « Sénégal Protéines», vieille de 41 ans, a tenu à se mettre en règle en prenant toutes les dispositions requises afin de ne pas polluer l’environnement.

Selon son directeur général, M. Mansour Ndiaye, ceux qui appellent à la fermeture des usines de farine de poissons sont dans l’erreur et leur appréciation sur cette question est surfaite. Dès lors que toutes les usines ne sont pas des pollueuses.

« J’ai participé au forum sur la pêche artisanale. En résumé, ce que j’ai pu constater au final, c’est qu’il ne fallait pas prendre toutes les sociétés de façon globale. Mais voir un peu à l’intérieur que certaines sociétés ont un historique qui les démarque de la situation actuelle. C’est le cas de Sénégal protéines », déclare M. Mansour Ndiaye.

M. Ndiaye rappelle qu’il n’y avait que deux usines de farine de poissons avant 2010, et aucun problème de pollution n’était noté alors.

« Cette société a été créée pour dépolluer mais non pas pour polluer. Les gens nous ont fait un mauvais procès parce que jusqu’en 2010, il n’y avait que deux usines de farine de poisson au niveau du Sénégal. Ces sociétés étaient sénégalaises. Après 2010, d’autres sociétés à capitaux étrangers sont venues s’installer. Elles étaient tantôt marocaines, tantôt espagnoles et italiennes et ont bénéficié d’agrément de la part des autorités. C’est suite à cette prolifération d’usines que les problèmes ont commencé. C’est de là qu’on a commencé à parler de pollution, de problèmes de préservation de la ressource halieutique et autres », explique le jeune patron d’entreprise.

Il estime que le forum à Mbour a été axé sur deux choses. On reproche aux usines de farine de poisson de polluer et de provoquer des maladies telles que la lèpre et autres.

« Par rapport à cela, aucune étude scientifique sérieuse n’a pu démontrer l’implication des usines de farine de poisson pour ce genre de maladies telles que la lèpre et autres. C’est juste une rumeur qui n’est pas fondée. Par rapport aussi à la pollution des odeurs incommodantes, j’ai eu à dire lors du forum, que notre usine Sénégal Protéines a un système de dépollution, particulièrement un système de pompe à eau de mer. Cette pompe allumée ne laisse place à aucune sortie d’odeur et ça reste dans l’enceinte de l’usine », soutient le directeur général de Sénégal Protéines.

Avant de détailler : « J’ai même produit des documents au président de l’Aquapam. Pour preuve, des gens de la direction des Pêches sont venus à plusieurs reprises constater l’existence de cette pompe. Donc, sur ce point, Sénégal Protéines a fait d’énormes efforts à ce niveau. Nous ne connaissons pas la cuisine interne des autres sociétés. Mais à notre niveau, on a réglé ce problème », rassure-t-il.

Selon Mansour Ndiaye, son usine est très rigoureuse et respectueuse des textes en vigueur, en plus d’être respectueuse des normes légales.

« Aussi, en matière environnementale, nous sommes soumis à un contrat de bail de 9 ans. Au moment du renouvellement du bail qui était arrivé à expiration à 2006, le Port nous avait exigé une étude d’impact environnemental qui conditionnait le renouvellement de notre bail. Cela nous a pris deux ou trois ans et on a eu à financer des investissements sur fonds propres suite à la recommandation des consultants qui ont fait l’étude. Suite à cela, la direction de l’Environnement nous a délivré un papier, un quitus environnemental. C’est sur cette base qu’on a produit ce dossier pour avoir le bail. Voilà pourquoi, nous sommes en règle par rapport à l’environnement », fait-il savoir.

Par ailleurs, notre interlocuteur soutient fièrement que Sénégal Protéines est la seule entreprise d’usine de farine de poisson cent pour cent sénégalaise.

« Nous sommes la seule entreprise sénégalaise contrairement aux autres. Notre usine a 41 ans et il y avait la nécessite de faire des rénovations qui demandent beaucoup de moyens. L’usine a vieilli et a besoin de renaitre. Nous sommes là pour dépolluer et non polluer. Notre objectif, c’est de continuer. Supprimer toutes les usines de farine de poisson ce serait une catastrophe. Et on se demande ce que feront les usines avec leurs déchets ? », dit-il.

Conséquemment, le fondateur de l’usine « Sénégal Protéines », le doyen Aboubacar Ndiaye, âgé de 86 ans, revient sur la genèse de cette entreprise qui a vécu 41 ans.

« Au début des années 1970, le quai de pêche était en train d’être édifié. Il fallait donc installer des usines pour traiter le poisson et les déchets devaient donc être valorisés sinon ça allait polluer à moins qu’on ne les amène à Mbeubeuss. L’Etat a eu l’idée de faire construire une usine de farine de poisson, ici même, pour récupérer les déchets de ces usines au lieu de les amener à Mbeubeuss et les valoriser en les transformant en farine de poisson et donc éviter la pollution. Au même moment, des hommes d’affaires sénégalais, dont moi, avaient un projet similaire d’usine de farine de poisson qu’on voulait installer à Mbao », confie Aboubacar Ndiaye président et fondateur de SP.

Avant de poursuivre : « Le ministre de l’époque du Développement Rural et des Pêches de l’époque, Adrien Senghor, avec qui j’avais pris contact, m’a informé que le gouvernement avait un même projet d’usine de farine de poisson. Mieux, le matériel était déjà à quai et il était à la recherche de promoteurs privés. Donc, il m’a fait un mot en me demandant de prendre contact avec le directeur des Pêches de l’époque qui s’appelait Malick. Ce que j’ai fait. C’est là qu’on a commencé les réunions entre hommes d’affaires sénégalais et Etat représenté par la direction des Pêche. Et cela a abouti à la création d’une société par l’Etat et les hommes d’affaires sénégalais en 1976 ».

M. Ndiaye souligne que cette usine qu’il a fait naitre a été supervisée par l’Etat du Sénégal avant son installation.

« Et c’est cette société qui est là actuellement. L’Etat avait acquis cette usine dans le cadre d’un prêt danois mais qui visait surtout des entreprises de frigos à travers tout le Sénégal et l’usine de farine de poisson n’était qu’un complément. Donc, l’usine n’était que le lieu d’implantation. Et nous, hommes d’affaires sénégalais, avions apporté le capital et les frais d’installation de l’usine. Mais, c’est l’Etat qui a tout supervisé, qui a choisi les matériels, les installateurs des matériels, etc. Et c’est donc, ainsi que Sénégal Protéines a vu le jour. L’usine a eu comme objectif essentiel de prendre les déchets des usines et de les transformer en farine de poisson. Donc, depuis 41 ans, c’est le travail que nous faisons », raconte fièrement le doyen Aboubacar Ndiaye, son président et fondateur.

Samba DIAMANKA