Lutte contre le cancer au Sénégal : Peu de résultats palpables

En ce 21e siècle marqué par un développement sans précédent des technologies, une ère où tout s’est modernisé et numérisé, le Sénégal est encore à la traine par rapport à la prise en charge des cancéreux. Radiothérapies non fonctionnelles, Plan national cancer (PNC) qui tarde à voir le jour, absence de centre de cancers ou d’un registre national,…

L’éradication de cette maladie grande tueuse ne semble guère être une priorité pour les autorités du pays. Ce même si des efforts — il convient de le reconnaitre tout de même —, sont consentis dans l’évacuation des malades à l’étranger et même si l’Etat a acquis récemment deux accélérateurs dernière génération en cours d’installation… Le combat pour « abattre » ce monstre froid qu’est le cancer marche encore à pas de caméléon. Etat des lieux…

Les chiffres interloquent ! Chaque année, plus de 20 800 cas de cancers sont diagnostiqués chaque année au Sénégal dont 800 chez les enfants, selon la Ligue sénégalaise de lutte contre le cancer (Lisca). Sans compter les 15 000 nouveaux cas annuellement enregistrés.

Alors qu’on prévoit une explosion du nombre de cancers d’ici 2020 — dans trois ans ! —, nos hôpitaux voient arriver de plus en plus de femmes souffrant de cancers du sein ou du col de l’utérus. Mais aussi des hommes, atteints du cancer de la prostate le plus souvent. Touchés dans leur chair, les patients parcourent des centaines de kilomètres une fois le diagnostic confirmé pour chercher de l’argent auprès de leurs proches. Une lutte infernale.

Certains font des tontines pour débuter un traitement qu’ils abandonnent plus tard faute de fonds suffisants pour le continuer. Au moment où d’autres se laissent complètement abattre par ce monstre froid qu’est le cancer. Et quand ils se résignent enfin à se rendre à l’hôpital, la maladie est à un stade trop avancé pour que les médecins puissent faire quelque chose.

Un traitement hors de prix 

Avec la panne de l’unique appareil de radiothérapie de tout le pays, qui se trouvait à l’hôpital Le Dantec, les plus chanceux sont évacués à l’étranger notamment au Maroc ou, pour les plus fortunés, en France. Dans notre pays, la chimiothérapie coûte 300 mille francs pour une opération chirurgicale, de 200 mille à 1,5 million pour des séances de chimiothérapie et 150 mille francs pour la séance de radiothérapie.

En effet, un cycle de radiothérapie coûte 150 mille sachant qu’un cancer comprend plusieurs cycles. Il existe, certes, une unité d’immuno-histochimie à l’Institut Pasteur de Dakar. C’est une méthode utilisée pour diagnostiquer et suivre les cancers en détectant des cellules anormales. Mais le coût de son utilisation reste encore très élevé. Elle n’est proposée qu’aux « patients aisés », nous souffle un spécialiste de la santé. Du coup, on assiste à un traitement à double vitesse des malades. La plupart d’entre eux sont donc condamnés à attendre la mort dans des souffrances horribles.

Mais à quand la thérapie?

Les deux radiothérapies acquises, après le tollé ayant suivi l’annonce de la panne de la seule cobaltothérapie dont disposait le pays, sont enfin arrivées à Dakar. Elles sont en cours d’installation à l’hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye. Les malades devraient donc afficher le sourire, s’ils en ont encore la force.

Seulement voilà, jusqu’à présent, ces nouvelles radiothérapies ne sont pas encore fonctionnelles. Selon des spécialistes de la santé, « l’Etat a d’abord mis la charrue avant les bœufs. » Car, ces deux accélérateurs dernière génération, comme l’avait déclaré l’ancien ministre de la santé, Pr Awa Marie Coll Seck, attendent toujours et désespérément des techniciens qualifiés pour le démarrage des opérations.

Le service de communication du ministère de la Santé et de l’action sociale confie que des agents ont été envoyés faire une formation pouvant leur permettre de manipuler ces appareils « dernier cri » et « haut de gamme » pour soulager la douleur des cancéreux. Ils devraient être de retour d’ici la fin d’année. Et c’est à cette date que les deux nouveaux appareils devraient enfin être opérationnels.

Le gouvernement du Sénégal déclare faire du cancer un enjeu de santé publique. Mais les discours sont rarement traduits en faits. Les errements dans la lutte contre le cancer sont-ils dus à un manque de volonté politique ? Ou à un déficit de moyens ? N’est-il pas moins cher de s’équiper en appareils performants que d’évacuer à l’étranger?

Ressources humaines insuffisantes

Le Sénégal dispose davantage de spécialistes (anatomo-pathologistes, chimiothérapeutes, radiothérapeutes, oncologues, chirurgicaux ou pédiatres) que de radiothérapeutes avec seulement deux employés à l’Institut Joliot Curie de l’hôpital Aristide Le Dantec. Des moyens humains insuffisants, alors qu’une grande partie des malades doivent bénéficier de ce traitement.

Un seul chimiothérapeute, 10 anatomo-pathologistes, pour établir des diagnostics. Encore qu’ils sont tous concentrés à Dakar, regrette le directeur de cet institut, le Professeur Mamadou Diop, qui n’a pas manqué de parler de l’acquisition d’accélérateurs de particules pour remplacer la seule radiothérapie de cobaltothérapie.

L’apport de la LISCA

Aujourd’hui, avec l’engagement de la Lisca soutenue par la plateforme Ladies Clubs Sénégal qui a réussi à collecter une bonne somme d’argent, des patients sont évacués à l’étranger notamment au Maroc. Mais la lutte contre le cancer demeure encore le parent pauvre de la politique nationale de santé. Les maladies infectieuses comme le sida, la tuberculose, les épidémies comme Ebola concentrent l’essentiel des budgets et des investissements.

Tout de même, il faudrait relever que des avancées ont été notées en termes d’information des populations qui ignoraient jusque-là où envoyer leurs patients. Ce, grâce aux efforts de la Lisca. Pour l’année 2016, cette association a subventionné à raison de 15 000 francs par personne la mammographie de 2000 femmes. Ainsi, bon nombre de compatriotes, avec ce travail abattu par la Lisca, savent quels réflexes adopter en cas de doute.

Beaucoup de femmes, plus de 10 000, ont bénéficié de séances de dépistage pour prévenir le cancer du col de l’utérus. Plusieurs autres initiatives sont à l’actif de cette ligue qui finance des programmes contre le cancer du col de l’utérus avec le soutien de sponsors comme l’opérateur de télécoms Sonatel. Elle offre aussi des mammographies lors de campagnes de dépistage comme l’opération Octobre rose, qui, pour cette année, bat son plein.

Plan cancer

Le Sénégal compte se doter d’un Plan national de lutte contre les cancers. Un plan multisectoriel évalué à plusieurs dizaine de milliards de francs et comportant les volets prévention, dépistage, prise en charge thérapeutique, la chimiothérapie, entre autres pour « inverser la prévalence et la mortalité encore très élevées au Sénégal », a dit le Pr Diop qui souligne que ce plan va englober tous les aspects de lutte contre le cancer et « permettra surtout d’éviter les problèmes de douleur ».

En attendant, la Ligue sénégalaise de lutte contre le cancer (Lisca) avance lentement mais sûrement dans ses activités pour la réussite de la 7e édition d’« Octobre rose ».

Maimouna FAYE FALL

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