« Ubi Tey Jang Tey » : Tous présents sauf les élèves !

L’année scolaire vient de démarrer mais avec moins d’engouement chez les apprenants au niveau des établissements scolaires de Dakar, lesquels attendent désespérément les potaches. Ce qui plombe le concept « Ubi Tey Jang Tey ». Reportage !

Aminata est comblée de joie. Son visage est tout radieux, heureuse de revoir ses camarades de classe. Elle discute avec sa copine. « Je suis heureuse de retrouver Absa. On ne s’est plus revues depuis la fermeture des classes. J’étais hors de Dakar pour les vacances », s’exclame la petite Aminata, sourire en coin dégageant toute sa dentition écarlate.

Sac en bandoulière, Aminata avec ses 13 bougies soufflées, poursuit sa discussion avec ses amies autour de la véranda de la cour du Cem Grand-Yoff. « Nos professeurs sont là mais la majorité des élèves poursuit les vacances », ironise la jeune fille. Et cela est la triste vérité.

Au sein de l’établissement, quelques parents sont à la direction pour inscrire leurs enfants. Quant aux élèves, la majeure partie d’entre eux se trouve dans la cour. Le bruit est au rendez-vous. Les va-et-vient sont incessants.

« Je n’avais pas inscrit mon fils par manque de moyens avec les fêtes qui se succèdent, j’étais à sec. J’ai pu disposer de sa scolarité, ce qui explique ma présence pour l’inscrire », informe un parent d’élève, tenant son enfant qui doit faire la cinquième cette année. Interrogé sur la rentrée scolaire, le principal du collège de Grand-Yoff se confie.

Les frais d’inscription ne sont pas un obstacle

« La plupart des élèves présents aujourd’hui sont des nouveaux. Ce sont eux qui sont les plus nombreux. Deux professeurs sont en classe mais sans élève », se désole M. Joseph Ndiaye. Il revient sur les inscriptions qui n’ont rien à avoir avec le démarrage des cours.

« Le montant de l’inscription est de 10 000 FCfa. Cela sert à entretenir l’école, payer les salaires de charge. Nous avons aussi une subvention de l’Etat qu’on appelle les crédits de l’Etat qui sont différents des inscriptions. Ces crédits sont annuels et sont moins de 2 millions FCfa, ils arrivent souvent très tard. C’est pourquoi, on travaille avec les recettes des inscriptions. Cette année, on a ajouté la Couverture de la maladie universelle qui s’élève à 1000 francs Cfa. Nous estimons que c’est important, car ils (les élèves) sont confrontés à des problèmes de santé, nos établissements n’ont pas souvent d’infirmerie. Donc, nous sommes obligés de les évacuer à CTO (Hôpital général de Grand-Yoff) et c’est nous qui payons avant l’arrivée de l’assurance, des partenaires, etc », explique-t-il.

A cet effet, il souligne que le concept « Ubi Tey Jang Tey » n’est pas effectif à cause du manque de volonté des élèves. « Le concept n’est pas effectif parce qu’on le dit aux adultes sans tenir compte de la réaction des élèves. Ce sont les élèves qui décrètent le moment ou le jour qu’ils doivent aller en classe. On ne peut pas faire des reproches aux parents ni aux enseignants, ce sont les élèves. Cela s’explique par leur manque de volonté. C’est pourquoi, on doit insister au niveau des élèves sur ce concept afin qu’il devienne réalité. Et puis le démarrage des cours n’a rien à voir avec les inscriptions. Les élèves dont les noms sont sur les listes des classes peuvent aller faire cours et après leurs parents payeront », clarifie-t-il Joseph Ndiaye principal CEM Grand-Yoff.

A Blaise Diagne. Même lieu, même décor. Les classes sont presque vides, quelques élèves trainent dans la cour, des parents sont à la direction pour inscrire leurs enfants et les professeurs dans les salles qui leur sont destinées. Le principal du lycée Blaise Diagne soutient que les parents d’élèves doivent les aider à pouvoir respecter le démarrage des cours à temps prévu pour une nouvelle année scolaire.

« Dans cette école, il est effectif sauf qu’il y a quelques problèmes. Aujourd’hui, les profs étaient sur place, les élèves sont listés, alors qu’ils ne sont pas venus. Seuls les nouveaux élèves des classes de 6ème ont fait cours. Je pense que ce sont les parents d’élèves qui doivent obliger leurs enfants de venir à l’école. Les frais d’inscription ne sont pas un handicap ou un problème qui peut empêcher les élèves de venir faire cours », fustige M. Elhadji Malick Ndiaye, principal du lycée Blaise Diagne.

Il revient sur l’importance des frais d’inscriptions comme son prédécesseur. « Les frais d’inscription assurent les élèves, l’Uassu, les cahiers de textes achetés, la tenue, etc. De toute façon, il y a un décret qui nous donne des orientations par rapport à ces frais d’inscriptions. L’Etat nous donne un budget mais ce n’est pas de l’argent liquide. Des lignes budgétaires avec des fournisseurs qui nous apportent les matériels », dit-il.

C’est le même cri du cœur lancé par Mme Sarr, proviseur du lycée des jeunes filles John Kennedy. Une école presque calme avec quelques élèves, assises sur les bancs publics, qui papotent. Là aussi, les locaux de la direction sont envahis par des parents d’élèves et des élèves venues s’inscrire.

« Les enseignants étaient sur place mais ce sont les élèves qui ne sont pas au rendez-vous. Ce sont les élèves en classe d’examen qui sont là. Mais, les autres ne sont pas encore là. Nous avons commencé les inscriptions depuis le premier jour après l’Assemblée générale de rentrée », explique Mme Sarr. Selon elle, les inscriptions n’ont aucun lien avec le démarrage des cours.

« Je tiens à préciser que l’inscription n’a rien à avoir avec la présence dans les salles. Les listes sont établies, les élèves qui doivent se réinscrire connaissent leur classe, donc ils ont le temps d’aller en classe et de se réinscrire le moment venu. Le concept a toujours été effectif au lycée Kennedy surtout avec les classes d’examen. Il faut juste savoir qu’il n’y a aucun lien entre les inscriptions et le démarrage des cours en classe », précise-t-elle.

Samba DIAMANKA