Commentaire – Gadio et Ho : Des arrestations qui sentent le brut

Le 25 septembre dernier, les Etats-Unis mettaient à jour la liste des pays dont les ressortissants étaient interdits d’entrée sur leur territoire. Trois nouveaux pays faisaient leur entrée dans cette liste noire (travel ban) parmi lesquels — ô surprise —, le Tchad. Pourquoi donc le Tchad ?

Les observateurs, particulièrement les diplomates et journalistes du monde entier, étaient d’autant plus surpris de voir ce pays y figurer qu’il est celui qui est le plus engagé dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. Une hydre que les troupes tchadiennes combattent non seulement dans leur propre pays, mais aussi au Mali, au Niger et au Cameroun. Ils ont payé un lourd tribut à ce combat.

Voilà donc que ce pays dont le président a déclaré la guerre au terrorisme était accusé de ne pas coopérer suffisamment pour éradiquer ce fléau ! A vrai dire, nul ne comprenait les motivations profondes de la décision américaine dans la mesure où le motif invoqué pour justifier ce « black-listage » ne tenait pas la route. C’est un petit journal américain qui a donné la véritable explication quelques jours plus tard.

Selon le confrère, en effet, c’est surtout à cause du pétrole — dont ce pays d’Afrique centrale est un gros producteur — que le Tchad a été inscrit sur la liste noire des Etats soutenant le terrorisme.

Voici ce que le journal avait expliqué en substance : l’actuel tout-puissant secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) américain, Rex Tillerson, n’est autre que l’ancien patron de la compagnie américaine Exxon Mobil. Or, il se trouve que l’Etat tchadien avait infligé une amende record à cette compagnie américaine pour fraude supposée. A l’époque, Tillerson en personne avait fait le déplacement à Ndjamena pour plaider la cause de sa compagnie et obtenir l’annulation de l’amende. En vain, paraît-il.

Il avait quitté le Tchad dépité et dans une grosse colère. Et voilà que quelques années plus tard, il est devenu le tout-puissant ministre des Affaires étrangères de la première puissance mondiale ! La vengeance étant un plat qui se mange froid, il n’a donc pas raté l’occasion de black-lister le Tchad.

Inutile de dire que le pétrole de ce pays, comme d’ailleurs l’or noir du monde entier, intéresse au plus haut point l’oncle Sam. Ce n’est pas pour rien que les compagnies pétrolières américaines ont contribué à porter le Républicain Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ! Par conséquent, tout ce qui peut gêner ces compagnies à travers le monde est considéré comme une question touchant à la sécurité nationale des USA !

En introduisant donc des compagnies chinoises dans un pays, le Tchad, dont le pétrole intéresse les compagnies américaines, Cheikh Tidiane Gadio s’est presque comporté en ennemi de l’Amérique ! Et ça, évidemment, les Yankees ne pouvaient pas le tolérer. Ils l’ont donc arrêté en même temps que son « partenaire » chinois, l’homme qu’il introduisait dans les palais africains, pour l’exemple. Et pour lancer un avertissement sans frais à tous ceux qui seraient tentés de gêner aux entournures les compagnies américaines par le biais de la corruption, une arme fatale qu’elles n’ont pas le droit d’utiliser et qui ouvre tant de marchés aux Chinois sur notre continent.

En jouant contre les entreprises américaines, notre ancien ministre des Affaires étrangères a donc mis le doigt dans un dangereux engrenage. Son ancien homologue de l’Ouganda est coupable du même « crime » vu que dans son pays aussi, de l’or noir vient d’être découvert. Qui intéresse les Ricains, lesquels ne voudraient pas voir les vautours chinois roder autour.

Pourvu que cette arrestation de Gadio serve de leçon à nos chefs d’Etat, qui ont trop tendance à jouer avec le feu du pétrole par le biais de leurs frères ou de leurs épouses. Le retour de flammes est vite arrivé !

Cela dit, après Lamine Diack, naguère tout-puissant patron de l’athlétisme mondial, épinglé en France pour une sordide affaire de corruption, c’est au tour de Cheikh Tidiane Gadio, ex-ministre des Affaires étrangères — tous les deux ayant aussi en commun d’avoir voulu être présidents de la République ici même — d’être épinglé pour les mêmes faits.

Décidément, ça commence à faire beaucoup pour un pays aussi petit que le Sénégal… Et dont on dit que son prestige lui permet de jouer dans la cour des grands. Comme Icare ?

Mamadou Oumar NDIAYE