Jean-Pierre Boissin : « Intégrer l’entrepreneuriat et l’innovation dans les matières pédagogiques »

Intégrer l’entrepreneuriat et l’innovation dans les matières pédagogiques pour qu’elles soient prises en charge par les établissements, c’est l’ambition du projet Pôle étudiant pour l’innovation et transfert entrepreneuriat (Pepite) en vigueur en France. Alors profitant du 10ème Congrès de l’académie de l’entrepreneuriat et de l’Innovation (AEI) organisé depuis mercredi par BEM Dakar, Jean-Pierre Boissin de la Mission Nationale Pepite du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation de la France explique les contours d’un tel mécanisme qui permet à tout jeune d’avoir un projet entrepreneurial dans n’importe quel domaine.

Pepite, c’est quoi ?

« Le Pôle étudiant pour l’innovation et transfert entrepreneuriat (Pepite), c’est quatre choses, quatre mesures. La première, c’est d’intégrer l’entrepreneuriat et l’innovation dans les matières pédagogiques pour qu’elles soient prises en charge par les établissements. Ce n’est pas à côté de la formation, mais dans celle-ci. On développe des modules en entrepreneuriat et en innovation, ceci constitue la première mesure. La deuxième est de créer un statut étudiant-entrepreneur, c’est-à-dire c’est comme le statut du sportif de haut niveau. C’est tout simplement qu’un jeune puisse avoir un projet entrepreneurial dans n’importe quel domaine qui peut être dans les starts up ou encore dans l’entrepreneuriat social. Ce n’est pas nécessairement des starts up, il peut être aussi de petites activités qui n’empêchent pas l’étudiant de réussir ses études. C’est pour cela qu’on met deux tuteurs dont un pour l’enseignement et un autre pour le volet pratique. De même que des structures d’accompagnement et de financement ainsi qu’un entrepreneur qui le coache pour réussir ce projet. La troisième est la création d’un prix Pépite qui aura lieu au niveau régional et national pour encourager les meilleurs projets dans le domaine de l’innovation ».

Comment mettre le Pepite en oeuvre ?

« Pour mettre tout cela en œuvre, nous allons créer le Pôle étudiant pour l’Innovation et Transfert Entreprenariat (PEPITE). On va en créer 29 pépites en France pour mutualiser les pratiques, car il y a eu pleines de choses qui se sont faites en France dans les établissements, mais si on veut développer l’entrepreneuriat et y compris en France, où aujourd’hui il y a moins d’argent qu’avant, il faut mutualiser. Et un des points qui nous sont très im- portants, c’est d’ouvrir un espace de co-working. Si vous le faites sur une ville, cela risque de vous coûter cher, car vous allez… de quinze fois dix projets. Donc il est important de pouvoir les mutualiser sur le site. Tout ceci fait partie du contexte. Après on a créé une sorte de fédérations regroupant ces 29 pépites avec celle en France. Là au niveau international dans le cadre du financement européen et l’AUF, c’est de pouvoir adapter des dispositifs et voir ce qui peut être transféré. La Tunisie et le Maroc sont des pays où on peut faire ce transfert de même qu’au Liban avec l’AUF et en Belgique. L’idée c’est de voir ce qui peut être fait dans d’autres pays francophones notamment avec l’AUF en matière d’échanges. Si je prends le Sénégal, on est dans la même situation que la France où on trouve des universités et des écoles. Et la volonté est de faire travailler ensemble ces établissements sur l’entrepreneuriat en partant du principe et en sachant qu’il y a des enjeux économiques moyens au moins sur un partage minimum des coûts pour pouvoir mettre en place ces dispositifs».

Partenariat avec BEM-Dakar dans la recherche de solutions à l’entrepreneuriat de la jeunesse africaine

« Notre partenariat avec BEM Dakar, c’est que BEM est très proche de Kedge, je suis venu il y a deux ans pour le Plan Sénégal émergent sur invitation du PDG de BEM. Cette rencontre m’avait permis de parler du statut Etudiant-Entrepreneur en France et notamment d’avoir le retour des différents acteurs qui étaient présents comme des entrepreneurs et des personnes de l’administration du Sénégal sur ce projet. Avec Pape Madické (Président de BEM Dakar), c’était de voir comment on peut organiser un colloque au Sénégal et de prévoir une journée sur le dispositif Pepite, ce qu’on a pu faire mercredi. J’en profite pour rendre hommage à Jean Paul Thiankane qui est originaire du Cameroun et on connaît l’Afrique qui peut être un filtre sur l’adaptation. L’idée, ce n’est pas de prendre le modèle français et l’amener ici en Afrique, mais de dire voilà ce qu’on essaie de faire avec peu de moyens. Il faut dans ce contexte mutualiser les efforts dans les pays francophones entre les établissements. C’est l’objectif qu’on a »

Propos recueillis par A. Karim DIARRA