Le Maroc à la CEDEAO : « Une adhésion bénéfique pour la zone »

A contre-courant des avis pessimistes sur la candidature du Maroc pour intégrer l’espace Cedeao, M. Elh Alioune Diouf, enseignant en économie internationale à l’ENA, considère que cette adhésion du Maroc est une « très bonne chose ». Tous les aspects de cette intégration du Maroc dans la zone sont bénéfiques pour nos Etats, soutient-il sans détour. Tout en rappelant que d’aucuns pensent que le Maroc est le principal bénéficiaire de son adhésion, l’ancien directeur du commerce intérieur du Sénégal estime que la réalité est toute autre.

D’abord, il précise que ceux qui avancent l’argument selon lequel la puissance marocaine risque d’engloutir les petits pays, ont sûrement oublié que la première puissance africaine, en l’occurrence le géant Nigéria, est membre de la Cedeao. Une manière de dire que le Maroc, qui n’occupe même pas le second rang africain en matière économique, ne peut en aucun cas « étouffer les économies ouest-africaines là ou le géant nigérian ne l’a pas réussi ». El Hadj Alioune Diouf ajoute, pour défendre l’adhésion du Maroc que ce pays « étant un pays industriel peut aider des pays comme le Sénégal à renforcer leurs tissus industriels ».

Le Sénégal, pour sa part, « peut convoquer l’expertise du Maroc dans le domaine de l’exploitation et de la transformation du phosphate, comme il l’a fait avec l’Inde, dans le cadre des Industries Chimiques du Sénégal(ICS). Notre pays peut se servir du Maroc pour fusionner les économies dans des secteurs stratégiques, comme l’a fait le Nigéria qui, dans le domaine de la transformation du phosphate, a tissé des relations avec le Maroc pour la transformation d’engrais à base de phosphate, pour améliorer son agriculture », espère cet économiste. De plus, avec 40% de l’activité bancaire au Sénégal, l’adhésion du Maroc ne fera que confirmer une coopération fructueuse avec notre pays, poursuit-il.

En somme, à en croire l’ancien directeur du Commerce intérieur, il n’y aurait rien à craindre d’une adhésion du Maroc dans la Cedeao. Surtout que, estime l’enseignant en économie internationale, ce n’est pas parce que deux Etats sont différents du point de vue de leurs poids économiques, que le plus puissant va sortir « toujours gagnant de la coopération tissée ». Sur ce point, il donne l’exemple des Etats-Unis qui, en créant l’ALENA avec la Mexique, avaient pensé tirer le plus de profit de cet accord. Cependant, par la force des choses, la première puissance économique du monde a entamé, à travers son nouveau président, Donald Trump, de se retirer car, précise l’économiste, « le président américain a compris que le Mexique produit plus que les Etats-Unis, ce qui veut dire que, dans cette relation entre deux Etats de rangs économiques très différents, chacun peut en tirer bénéfice. Le problème des pays africains en général, c’est qu’ils ne développent pas de stratégies pour impulser leurs industries de transformation des produits de quelle que nature que ce soit ».

El Hadj Alioune Diouf soutient que nos pays ont la possibilité de s’imposer sur le marché africain, comme le font les Chinois qui « ont réussi à vendre leur produits partout dans le monde parce qu’ils sont dans toutes les gammes de produits, ce qui leur permet de toucher toutes sortes de clientèles ». C’est cette stratégie que doivent justement adopter les Etats à faible économie, pour conquérir les marchés africains et mondial. Concernant, l’émigration clandestine et le refus probable du Maroc d’une affluence de millions d’Africains sur son territoire, M. Diouf trouve que rien n’est plus normal pour un pays de contrôler « les entrées de migrants, de crainte que ces derniers se retrouvent en Europe, par voie illégale ».

Ce que les Etats devraient par contre faire, à son avis, c’est d’expliquer aux jeunesses que l’Afrique ne manque de rien sinon, les autres n’y investiraient pas. D’où la nécessité selon lui d’inciter nos jeunes qui tentent de migrer, à investir dans leurs pays, avec les moyens du bord, en attendant d’avoir les moyens qu’il leur faut pour s’imposer au plan international (l’exemple chinois).

La Cedeao 18ème au classement mondial des économies ?

Interrogé sur la question, M. Mouhamadou Moustapha Ly, enseignant à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, répond d’emblée que dans l’absolu, cette adhésion est une bonne chose pour nos pays. Expliquant sa position, l’économiste indique que, selon les prévisions, « la Cedeao sera 18ème au rang mondial des économies, alors que pour l’instant, la zone est classé 21ème ». Ceci pour la simple raison que le Maroc a une économie très performante. N’eut été l’industrie pétrolière du Nigéria, on pourrait considérer le Maroc comme la première puissance africaine car, souligne-t-il, le Nigéria ne dépend que du pétrole pour exister alors que le Maroc a « su développer tous ses secteurs d’activité ».

Dans la foulée, M. Ly explique qu’avec le nouvel adhérent, le système commercial de la sous- région va se renforcer, créant d’autres emplois pour nos jeunes, surtout avec « la délocalisation des entreprises marocaines vers les Etats de la Cedeao » qui sera facilitée. De plus, le Maroc, réputé pour ses coûts salariaux élevés, va concurrencer certains pays de la zone, appliquant des coûts moindres. Ce qui va améliorer les conditions d’existence des jeunes Africains qui auront des revenus plus consistants.

Poursuivant, il souligne que l’intégration des industries du Maroc sera progressive car le tissu économique est dominé par l’agro-industrie, les entreprises de montage de véhicules, etc., « qui s’élargissent facilement par rapport à la demande ». Pour ce qui est des consommateurs africains, « puisque le Maroc est un géant dans les produits manufacturés, les coûts seront revus à la baisse, de sorte à permettre aux consommateurs ouest-africains d’acheter moins cher des produits de consommation courante ».

Notre interlocuteur donne un exemple simple : « le beurre du Maroc coûte moins cher que celui produit en France ». Pour en finir avec les points positifs, selon lui, de l’intégration du Maroc dans la Cedeao, M. Ly avance que cela va élargir le marché des pays producteurs de cacao, de café, d’arachide… lesquels vont exporter ces produits vers le Maroc qui n’en dispose pas.

Aliou KANE