Si Belle, Baneex, Sen-O, Rama, Lamb-ji … : A quel sachet d’eau se fier ?

« Si Belle », « Banekh », « Sen-O », «O’OO»,«Rama»,«Lambji», entre autres. Le Sénégal est inondé depuis quelques années de sachets d’eau vendus presque dans toute l’étendue du territoire et particulièrement à Dakar. Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu’une nouvelle marque apparaisse si bien que les Sénégalais ne savent plus à quelle eau se fier. Mais dans quel environnement sont conditionnés ces sachets qui contiennent le liquide précieux ? Le Témoin a enquêté.

Durant la dernière période de forte canicule avec des pics de plus de 40° dans les régions du pays alors que Dakar suffoquait à cause d’une forte pollution et l’exiguïté des maisons, l’eau était le produit le mieux vendu. Toutefois, l’image de jeunes filles et hommes se faufilant entre les voitures retenues dans des embouteillages avec des plateaux remplis de sachets d’eau d’une qualité douteuse, est passée de mode.

Aujourd’hui, c’est dans des emballages avec le logo de la société qui conditionne cette eau que le produit est vendu, généralement à 50 francs l’unité. Mais voilà, malgré ce changement d’emballage dans un sens plus esthétique, ou plus marketing, le doute est présent dans la tête des consommateurs. L’eau vendue provient-elle des puits ou des robinets de la SDE ? Question à mille réponses. En effet, l’eau de ces sachets conditionnés est inodore et incolore, selon la société fabricatrice. Ce qui sème le doute chez beaucoup de consommateurs sénégalais du fait qu’ils ignorent les conditions dans lesquelles cette eau est conditionnée.

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Il est onze heures. Les passants et autres automobilistes sur le pont de l’Emergence baptisé Aliou Ardo Sow, subissent les dards impeccables du soleil. Se faufilant entre les voitures, des jeunes filles ont leurs seaux remplis de sachets d’eau qu’elles proposent aux automobilistes pris dans un embouteillage. L’une des filles s’appelle Maimouna. Elle court derrière les voitures en proposant avec le sourire son produit. En moins d’une heure, son seau est vide de ses sachets, ce qui l’oblige à retourner pour en chercher d’autres.

« Je me procure mes sachets d’eau dans les boutiques. Avant, je vendais de l’eau dans de sommaires sachets sans écritures, mais les gens me réclamaient l’eau conditionnée dans les sachets avec les logos des sociétés fabricantes. Les clients les jugent plus sûrs et hygiéniques. Aujourd’hui, avec ces nouveaux sachets, nos produits se vendent comme de petits pains. On nous dit que ce sont des gens qui ont des filtres dans leur maison qui préparent cette eau. On n’en sait pas trop concernant la provenance. On ne fait que vendre », explique la demoiselle.

A côté d’elle, une autre dame à la mise crasseuse, voix cassée due par le rhume qui dicte sa loi ces derniers temps dans la capitale, propose ses bouteilles d’eau et ses sachets aux clients. Il faut dire qu’entre les deux femmes, c’est une belle concurrence. C’est à qui proposera la première sa marchandise. De ce fait, entre elles, c’est une folle course-poursuite qui s’engage toujours.

« J’achète l’eau chez les grossistes au niveau des marchés pour la revendre », nous confie Maïmouna. Sur la provenance de sa marchandise, elle consent à nous indiquer qu’elle l’achète dans un magasin qui a pignon sur rue à Castors. Un taxi accoste et prend deux sachets d’eau avant de remettre à Maimouna une pièce de 100 francs. « J’achète ces sachets que je préfère aux autres fabriqués sans marque. Ce, même si je n’ai aucune idée des conditions dans lesquelles ils sont conditionnés. Je me dis que comme ce sont des sociétés qui la conditionnent, elle doit être propre », explique le taximan.

L’eau du robinet ou eau de source ?

A Grand-Yoff, le boutiquier Gora, interpelé sur la provenance de ses sachets d’eau, souligne que ce sont des clients de Parcelles qui le servent. « Mon ravitailleur est aux Parcelles assainies, c’est lui qui nous sert de l’eau. Je pense qu’il a des matériels de fabrique chez lui », informe le boutiquier. A quelques mètres de lui, un autre boutiquier confie, quant à lui, acheter l’eau chez son client grossiste. Un sexagénaire, cheveux poivre-sel, assis dans sa véranda, une bouteille d’eau glacée à côté, lit son journal. « Je bois l’eau du robinet. Je la préfère à ces sachets d’eau dont je doute de la qualité. Et je te confie une chose, ces gens utilisent l’eau de robinet pour la mettre dans ces sachets afin de vendre. Ils n’ont que des filtres à eau chez eux, sinon rien d’autre. Je pense alors qu’il n’y a aucune différence avec l’eau du robinet. Si c’était l’eau de source, j’aurais préféré l’acheter mais tel n’est pas le cas », révèle le vieux Kane en haussant les épaules.

Il est 19 heures, le soleil prend congé des hommes après une longue journée et cède la place aux lueurs vespérales. Les vendeuses sont toujours là pointées au Rond point Jet d’eau, proposant toujours aux automobilistes leurs sachets. Un conducteur de véhicule s’arrête et entre dans la station pour se payer une eau minérale. « Je n’achète jamais ces sachets d’eau. Je préfère l’eau minérale à ces sachets d’eau qui n’ont aucune différence avec les autres sachets ordinaires. Je connais un homme qui a chez lui les matériels à filtre et qui fait ce business. Il n’y a aucune hygiène. Il faut aller dans les lieux de fabrique pour découvrir cela. Dans ce pays, nos autorités n’ont pas la tête à la santé des populations. Sinon, elles devraient être les premières à faire une enquête, mais pas vous les journalistes. Elles sont plus préoccupées par des prébendes et des affaires politiciennes pour leur élection », se désole Moussa.

« Il y a de quoi avoir peur avec ces sachets d’eau. Certains ne puisent même pas l’eau de robinet pour vendre mais de l’eau sale qu’ils filtrent. Le mieux, c’est de faire une immersion dans ces fabriques pour constater les dégâts. Avant de découvrir la façon dont ces sachets sont faits, j’ai beaucoup souffert avec des maux de ventre à n’en plus finir. L’eau contenue dans ces sachets n’est pas potable. Prends les différents sachets, le liquide qui s’y trouve n’a pas les mêmes goûts. Alors que l’eau est inodore et incolore. Si l’on regarde bien, tu vois même à l’intérieur de certains sachets des corps étrangers », confie une dame.

Samba DIAMANKA