Issa Wade, chef de division consommation et sécurité des consommateurs : «La vente des sachets d’eau génère 1,5 milliard Cfa par an»

Ne parlez jamais de doutes sur la qualité des sachets d’eau devant le chef de la Division de la consommation et de la sécurité des consommateurs ! « L’avocat » Issa Wade est capable de monter sur ses grands chevaux pour arpenter le prétoire et démonter tous les arguments. Même l’histoire du faux fabricant d’eau qui proposait de l’eau impropre et qui a atterri au tribunal n’y fera rien. Les sachets d’eau proposés à la vente sont propres à la consommation, assure-t-il. Un point et c’est tout.

Le Témoin – M. le chef de division, quelle est la réglementation en vigueur au Sénégal concernant la vente des sachets d’eau dans la rue ?

Issa Wade – Toute vente de sachets d’eau est liée à une autorisation de mise à la consommation. On est dans un Etat organisé. Donc, il va de soi qu’avant toute mise à la consommation, l’administration publique du Commerce en charge de ces autorisations-là puisse faire le travail adéquat afin de motiver l’autorisation de la mise à la consommation. Ce faisant, il y a d’abord un contrôle à priori. La Direction de la consommation se rend chez le fabriquant ou chez le producteur d’eau pour une visite des locaux. Ce, pour voir si véritablement les normes d’hygiène, de sécurité et de propreté sont respectées. A l’issue de cela, on fait des prélèvements sur cette eau que l’on amène obligatoirement au laboratoire pour une analyse de conformité. Une fois que ces analyses reviennent du laboratoire et qu’elles sont conformes aux normes de sécurité, d’hygiène et de propreté, on motive la mise à la consommation. Dans le cas contraire, il y a des mesures correctives qui sont apportées à l’usine ou dans la fabrique d’eau.

Avec la prolifération des marques, et donc des fabriques d’eau, est ce qu’il y a le contrôle qui sied ?

Tout à fait ! Dites-vous bien que nous ne sommes pas la seule structure qui contrôle. A côté de nous, il y a le Service régional du commerce de Dakar, le Service départemental du commerce de Guédiawaye, le Service départemental du commerce de Pikine et le Service départemental du commerce de Rufisque. Dans toutes les régions, il y a ce dispositif, le service régional du commerce qui fait ce travail de contrôle. Corrélé à cela, il y a aussi le Service d’hygiène qui nous vient en appoint. Donc, il y a rigoureusement un contrôle qui est fait à priori et à postériori.

A vous entendre, vous parlez plus globalement du producteur alors qu’il y a le détaillant. Puisque l’eau quitte l’usine pour transiter vers les mains des détaillants. Donc toute une manipulation qui pose la question de l’hygiène…

Là, c’est surtout lié à des problèmes de conservation et de transport du produit. Parce qu’il fait extrêmement chaud à Dakar. Comme vous le dites si bien, le produit quitte le stade usine pour aller chez le grossiste ou le détaillant pour être revendu au consommateur. Donc, dans toute cette chaine-là, il y a des difficultés liées au transport et à la conservation. A l’heure actuelle, on est dans la phase de sensibilisation. Parce que derrière la répression, il y a des conseils, la sensibilisation. Ils vont de pair. Dans ce cadre, au niveau de certains départements, il y a les services départementaux du commerce qui s’activent dans la sensibilisation et l’information du consommateur. Nous avons aussi le soutien des associations de consommateurs qui nous aident dans l’information et la sensibilisation des consommateurs.

Dans l’optique de rassurer toujours les consommateurs, il y a le comité permanent sur l’eau qui est basé au niveau de la Société sénégalaise de Normalisation qui nous aide dans l’élaboration des normes d’eau. Dans ce comité, il y a l’ensemble des acteurs, c’est-à-dire le fabricant, le producteur d’eau, l’administration publique du commerce, de l’industrie, le Service national de l’hygiène, la Société sénégalaise de Normalisation pour voir les contraintes du secteur et les moyens pour solutionner ces problèmes.

Vous avez esquivé la question, mais il y a un sérieux problème qui se pose d’autant que l’eau quitte le fabricant pour transiter vers les grossistes puis le détaillant avant d’atterrir entre les mains du consommateur. Que de mains qui conditionnent cette eau !

Dieu merci, on n’a pas jusqu’à présent des informations sur une probable intoxication provoquée par cette eau-là. Ce qu’il y avait auparavant, ce sont des Guinéens ressortissants de Conakry qui prenaient des sachets, soufflaient dedans avant de verser de l’eau pour ensuite le revendre au consommateur. Maintenant, cette situation est derrière nous. Ce que l’on a, ce sont des fabricants qui, tant bien que mal, essaient d’améliorer le produit qu’ils mettent sur le marché. Il ne faut pas jeter l’opprobre sur le produit comme ça. Il est vrai qu’il y en a assez sur le marché mais c’est tant mieux pour le consommateur. Cela donne le choix au consommateur, permet de générer de l’emploi. Et c’est une embellie pour l’économie nationale.

Malgré toutes les assurances, il y a quand même des doutes sur la qualité de l’eau...

Il y a différentes sortes d’eaux. D’un côté, nous avons de l’eau minérale, de l’eau de robinet filtré. Mais rassurez-vous, l’eau qui est vendue dans les sachets et que l’on a autorisée pour la vente, c’est de l’eau propre à la consommation.

Vos gages n’effaceront pas pour autant de la mémoire collective l’histoire du fabricant qui vendait de l’eau qui n’était pas minéralisée et qui faisait tout comme. Une histoire, rappelons- le, qui a atterri au tribunal de Dakar.

Il n’y a pas de perfection dans ce monde ! Dans toute chose, il y a des brebis galeuses qui essaient de semer le trouble. Et de défaire tout ce que l’on a mis en place. S’il y a quelqu’un comme l’histoire de cette personne, comme vous venez de le citer, que les populations le dénoncent. Et on est prêt à accompagner toute sollicitation allant dans ce sens-là.

Par à rapport à l’environnement, les sachets sont jetés un peu partout. Et que fait la Direction de la consommation de concert avec les autres ministères concernés par  rapport à cette situation qui cause du tort aux populations ?

On travaille avec le ministère de l’Environnement par rapport au recyclage des sachets plastiques. On travaille surtout avec les associations de consommateurs par rapport à la sensibilisation liée au milieu. Parce que quand on boit de l’eau et que l’on jette le sachet dans la rue, on dégrade notre cadre de vie. Et ça ce n’est pas bien. Dans ce sens-là, tenez-vous bien que Sos consommateurs, Ascosen, l’Uncs travaillent en synergie avec nous pour lutter contre ce fléau.

En termes de chiffres d’affaires, combien génère la vente de l’eau ?

En termes de statistiques, d’après les chiffres que nous avons, la vente des sachets d’eau génère la somme d’un milliard 500 millions de francs Cfa l’année. Mais c’est différent du chiffre d’affaires des fabricants d’eau à bidons.

Qu’avez-vous envie de dire aux consommateurs malgré tous les impairs notés par rapport à la vente de sachets d’eau ?

Je veux leur dire que l’eau qui est vendue dans les sachets et que l’on a autorisée est propre à la consommation. C’est une eau saine, buvable. Dans ce sens, l’administration publique fait tout son possible pour minimiser les risques. Parce qu’il y va de notre responsabilité d’autoriser la vente d’une eau qui n’est pas bonne. Donc, l’eau finale que nous proposons au consommateur est propre à la consommation. S’il y a des soucis, des soupçons d’eau impropre à la consommation, les populations n’ont qu’à se rapprocher ou saisir la division de la consommation. On a à peu près une vingtaine d’agents en service à la division de la consommation. Et en appoint, il y a les services régionaux du commerce, les services départementaux du commerce et le service national d’hygiène. Que les populations soient rassurées.

Propos recueillis par Maguette SEYE