Sachets plastiques : Un péril écologique qui menace le Sénégal

Personne ne semble voir le vrai danger écologique qui menace le Sénégal. Et pourtant, il est partout présent sur le territoire national. Du plus petit village du Sénégal aux grandes villes comme Dakar, Kaolack, etc., le péril représenté par les sachets plastiques est partout présent.

Dans les maisons, les grandes avenues, les rues, les cours et plans d’eau, dans les champs, les sachets plastiques sont omniprésents. Au fil des jours, ils deviennent si nombreux qu’ils ont commencé à couvrir toute la superficie de notre pays. Le vent et la pluie les transportent souvent vers d’autres lieux avec la possibilité de transporter des agents pathogènes et des microbes qui peuvent rendre malades. Parfois, le vent les soulève et ils circulent dans l’air et peuvent créer des accidents en se collant au visage des moto- cyclistes. Pratiques et moins coûteux, les sachets plastiques, pourtant non biodégradables, ont atteint une utilisation «hors normes ».

Il n’y’ a d’ailleurs plus de doute que le sac plastique fait partie du quotidien des Sénégalais. Un peu partout dans les grandes villes du pays notamment Dakar, Kaolack, Touba entre autres, les sachets plastiques jonchent les sols, les plages, les rivières et même les frondaisons des arbres. Si la pollution visuelle est la première conséquence, elle n’est que la partie visible de l’iceberg. En effet, les sachets plastiques influencent beaucoup le milieu de vie et leurs conséquences sur l’environnement sont énormes et multiples.

Selon l’environnementaliste Ansoumana Sambou, « il est presque banal de parler de cette épineuse question devenue finalement un problème ordinaire et parfois pas pris au sérieux par l’opinion et les usagers. Il suffit d’aborder les boutiquiers et les clients pour s’en rendre compte. » Poursuivant, il estime que « cette problématique est à cerner d’abord dans la perception qu’ont les populations de l’environnement et de sa fragilité, ensuite dans la communication faite par l’autorité, les activistes et les spécialistes, et enfin compte tenu de la place qu’occupe l’environnement dans les politiques publiques », souligne-t-il d’emblée.

La santé gravement menacée

Fabriqué à base de pétrole et plusieurs autres composants, le sachet plastique constitue une véritable menace pour la santé des populations. « La plupart des plastiques sont obtenus à partir de pétrole, qui est la matière première permettant la production d’une molécule de base appelée monomère comme l’éthylène, le propylène, le styrène. Il s’ensuit un processus de polymérisation qui consiste à assembler plusieurs molécules de monomères pour former une longue chaine moléculaire appelée polymère. Selon le type de monomère assemblé, on obtient alors du polyéthylène, du polypropylène, du polystyrène. Pour lui donner les propriétés particulières on y ajoute des colorants, des durcisseurs, des plastifiants, des retardateurs de flamme… en fonction de l’usage que nous volons en faire », explique-t-il.

Ainsi, les effets néfastes des sachets plastiques sur l’environnement sont, d’après Ansou Sambou, connus. Selon lui, « sur le plan sanitaire, l’incinération des sachets plastiques entraine la production de polluants organiques persistants (dioxines et furane) qui provoquent l’irritation des yeux, des maladies cardiovasculaires et respiratoires et le cancer. De plus, les sachets plastiques servent de poches de prolifération des vecteurs des maladies, les moustiques en particulier. Sur le plan écologique, les effets nocifs découlant de ces sachets plastiques sont notés dans la pollution visuelle du sol, l’encombrement et les égouts, entrainant ainsi des inonlustration », soutient Ansoumane Sambou.

« Dans un programme de lutte contre ces effets néfastes, des tentatives de règlementation ont été initiées en 2002 et 2008, mais sans le succès escompté, en raison de l’opposition de certains segments de la société, mais surtout d’une faible prise de conscience dans la préservation de l’environnement », déplore l’environnementaliste.

Des efforts consentis par les autorités

Ansoumana Sambou se réjouit de quelques progrès notés dans la prise de conscience écologique. «L’environnement gagne de plus en plus le terrain politique à cause des nombreuses protestations populaires mais aussi des alertes lancées sur la déforestation poussée que subissent les forêts et savanes sénégalaises (notamment au sud et au sud-est du pays). Récemment, l’implication des menuisiers sénégalais dans la bataille du reboisement et la fermeture d’une usine en déphasage avec les normes environnementales en vigueur, donnent des lueurs d’espoir aux personnes soucieuses de l’intégrité de l’environnement. S’agissant de la question des sachets plastiques, l’interdiction devrait s’accompagner de mesures phares. La disponibilité de poubelles publiques est une nécessité, mais aussi le ramassage des ordures doit être régulier et ne doit pas souffrir de problèmes de salaires. Les multiples grèves observées dans le secteur à cause des mauvaises conditions des travailleurs, ne cessent d’entraver le processus d’organisation et développement de la gestion des déchets solides en général, et des déchets plastiques en particulier», soutient-il.

Ces derniers temps, des sociétés (Pme et Pmi) se sont lancées dans le recyclage et la collecte de déchets plastiques, créant de nouvelles opportunités d’emplois pour la jeunesse sénégalaise. C’est aussi une source de motivation, espère M. Sambou, enthousiaste de constater que des projets de gestion de déchets plastiques aient été lauréats de concours d’entrepreneuriat médiatisés dans les télévisions sénégalaises.

«Dans la vulgarisation des informations, les télévisions et les radios, la presse écrite ainsi que les réseaux sociaux doivent occuper une place de choix. Les programmes scolaires sont suffisamment pourvus en thématiques en relation avec l’environnement, il appartient aux enseignants et à l’autorité scolaire et ses partenaires, de se battre pour atteindre les objectifs fixés. Par ailleurs, les bons exemples ne manquent pas. Récemment, le Kenya s’est lancé un défi : construire un bateau avec du plastique recyclé ramassé dans l’Océan indien. Environ 30.000 tonnes de plastique seront ramassées dans l’océan ; ce qui va contribuer considérablement à la dépollution des eaux. Au Burkina voisin, les sachets plastiques sont transformés en porte-feuilles, sac d’ordinateurs, sacs pour femmes etc. Il en est de même au Togo. En Inde, le plastique est utilisé dans la construction des routes bitumées. Les ingénieurs indiens prétendent que, mélangé au bitume, le plastique offre une plus grande espérance de vie aux routes », explique encore notre interlocuteur.

Toutefois, l’environnementaliste tient à faire une précision de taille. « Il faut replacer la situation sénégalaise dans le contexte africain. En fait, les pays africains sont en retard sur la question du plastique. Environ 18 seulement d’entre eux disposent d’une loi sur les sachets plastiques. »

Il s’agit du Cameroun (2012), de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Mali, de la Mauritanie (en 2013), du Kenya, du Togo et du Congo Brazzaville (en 2011), de l’Erythrée en 2005, du Gabon en 2010, de l’Ouganda en 2007, de l’Ile Maurice en 2006, du Rwanda en 2008, de la Somalie en 2005, de la Tanzanie en 2006, du Tchad en 2010, du Burkina (en 2015), de l’Afrique du sud (en 2003).

« Il convient de faire remarquer que les pays anglophones sont en avance sur ceux francophones et même sur les grandes puissances comme la Chine (2008), le Canada (2010), l’Allemagne (2011) », conclut notre interlocuteur.

Bassirou DIENG