Khalifa Sall : « Une offre politique m’avait été faite »

« Ce procès de la prétendue caisse d’avance est juste un simulacre ou une mascarade judiciaire afin d’écraser un adversaire politique. » C’est ce que le maire de la Ville de Dakar a réitéré au tribunal, jeudi. Selon Khalifa Sall, les fonds politiques pour lesquels il est poursuivi, continueront d’exister même après lui.

L’édile de la Ville de Dakar a déclaré hier, à la barre du tribunal correctionnel, que les fonds politiques qui lui valent son incarcération, continueront d’exister même après son magistère. Il a de nouveau soutenu que c’est une affaire purement politique qui l’a mené en prison. « Ces fonds politiques continueront d’exister même quand Khalifa Sall ne sera plus maire. Ça, j’en suis certain. Ce qui arrive aujourd’hui, c’est parce que c’est une affaire politique et que c’est Khalifa Sall », a déclaré d’emblée le maire de Dakar à propos de ce qu’il considère comme un simulacre de procès.

Pour appuyer son propos, il révèle avoir reçu des propositions politiques qui, si elles avaient acceptées, auraient fait qu’on n’en serait pas arrivé là. « Une offre politique m’avait été faite. Je n’ai jamais parlé de la teneur de cette offre. Je suis dans la politique depuis mon jeune âge. Je reste un militant attaché à des valeurs. J’ai toujours mené des combats de principes. C’est pourquoi, j’assume toutes les décisions. Je ne pense pas que ce soit le lieu de discuter de la teneur de cette offre. Mais on m’a dit avant de venir ici, que l’Etat est un gros rouleau compresseur et il va t’écraser », fait-il savoir. Il se désole de cette mascarade judiciaire créée pour le mouiller. Car, selon lui, l’Inspection générale d’Etat (Ige) n’a trouvé aucun détournement de marchés et autres dans la gestion de la Ville de Dakar.

« Je n’ai pas commis de faute qui peut justifier le sort qui nous est réservé aujourd’hui, à mes collaborateurs et à moi. Tout est politique dans ce dossier ! Les raisons pour lesquelles je suis ici sont essentiellement politiques. Quand on fait une instruction de 18 mois dans une institution et qu’on ne trouve pas de marchés trafiqués, de la corruption, etc., et qu’on va vers les fonds politiques, ça pose problème … En la matière, je n’ai commis aucune faute de gestion. Je ne connais pas ces gens-là donc il ne peut y avoir d’association de malfaiteurs. Je peux vous affirmer qu’aucun franc n’est allé dans la poche de ces gens qui sont là. Il n’y a pas non plus de détournement. Ceux avec qui j’étais en compagnonnage pensaient que j’étais hors gamme et il fallait prendre des mesures neutralisantes. C’est tout ».

« Sur la gestion des fonds politiques…»

Khalifa Sall persiste à défendre sa gestion transparente des dépenses de la mairie de Dakar. « Nous avons sollicité beaucoup de crédits internationaux. Et nos partenaires internationaux demandent d’abord qu’on audite et qu’on occulte toutes les finances. Quand on faisait l’emprunt obligatoire, on a été audité. Pour les marchés, nous avons la revue annuelle de l’Armp. Nous n’avons jamais été épinglés ni dans mes fonctions antérieures ni en tant que maire », s’est défendu M. Sall.

Toujours dans l’optique de confirmer l’existence de ces fonds politiques, l’édile de Dakar tient à préciser que les autorités connaissent mieux que quiconque cette rubrique réservée à la politique. « Sur la gestion des fonds politiques, je dois préciser que nos interlocuteurs étaient les chefs d’Etat. Connaissant l’existence de ces fonds, seules les autorités de cette nature pouvaient parler de l’existence de ces fonds. Je ne parle pas de la première autorité, parce qu’elle n’est plus en fonction mais avec qui j’ai eu des relations très particulières. Nous discutions de tout et de notre travail. On a parlé de cette caisse et j’ai eu une discussion avec un maire à l’époque et c’est ainsi que j’ai eu la confirmation que ces fonds existent », informe M. Sall.

Avant de détailler en insistant sur la sollicitation de Macky Sall pour ces fonds politiques : « Et l’autorité sollicite ces fonds pour certaines activités spécifiques. La deuxième autorité, c’est le président de la République, Abdoulaye Wade, qui a fait preuve de grande responsabilité et d’intelligence. On a pu travailler avec intelligence. Et avec le président Wade, nous avons décidé de construire l’autoroute de Dakar. Même en dehors des fonds politiques, on travaillait sur beaucoup de choses. La dernière autorité politique, c’est le président Sall pendant les deux audiences officielles que j’ai eues avec lui, je rappelle qu’on ne s’est pas vu depuis septembre 2012, on a abordé ces fonds et il les a sollicités ».

A cet effet, il estime que le commanditaire de la mission de l’Ige c’est l’actuel président de la République
lui-même. C’est une mission à deux volets. Vérification administrative et vérification financière. « Nous avions demandé une déclassification. Le rapport n’a pas posé de vrais problèmes. Ils ont posé le problème du personnel détaché parce que la ville de Dakar fournit des personnels à toutes les structures de Dakar. L’Ige disait que ce personnel détaché n’a pas sa raison d’être. Nous leur avons fait comprendre que ça date de 1970 – 1980. Mais le rapport nous a demandé de les rapatrier », confie à la barre le maire de Dakar.

Orchestration ?

« Puisque l’organigramme n’était pas terminé, on ne pouvait pas nommer définitivement des directeurs. Ils ont également posé le problème des contrats. La ville a des problèmes pour avoir des cadres. A part les médecins, parce que l’Etat leur a réservé un certain sort…. Quand vous recrutez un cadre, il y est pour deux ans. De Mamadou Diop à maintenant, nous avons recruté 26 ingénieurs en génie civil et il n’en reste que 4. Le niveau des salaires fait qu’on ne peut pas garder un cadre plus de deux ans », a encore ajouté le principal prévenu dans cette affaire de détournement de deniers publics et d’association de malfaiteurs.

Par ailleurs, Khalifa Sall est revenu sur ce qu’il a appelé l’orchestration de cette affaire. « Dans la vérification financière, on n’a pas eu d’observation significative. Le seul problème, c’est par rapport au compte administratif et au compte de gestion. Après, ils nous ont adressé des félicitations. Quand je suis parti en voyage, on m’a dit qu’ils sont revenus. Dans l’histoire de la ville de Dakar, c’est la première fois que cela se passait », indique le responsable socialiste.

Selon lui les fonds politiques n’existent qu’à la Ville de Dakar. « Au Sénégal, la présidence a des fonds politiques. Mais aucun de ces fonds ne s’appellent fonds politiques. Le portage de ces types de fonds relève de l’administration et d’institutions du fait qu’on ne les justifie pas. Je rappelle qu’au Sénégal, seule la ville de Dakar a des fonds politiques. Ensuite, ces fonds politiques ont un portage qui diffère selon l’administration ou l’institution », renseigne-t-il.

Samba DIAMANKA