Médina Gounass – Médina Houda : Aux origines d’une crise entre deux communautés

Au-delà d’un simple affrontement avec les douaniers et les policiers à la frontière sénégalo-bissau guinéenne, ce qui s’est passé jeudi à Médina Gounass relève d’un problème très complexe que l’Etat doit gérer avec diplomatie. Un problème qui tire ses racines dans une cohabitation entre Peulhs et Pulaar qui n’est pas toujours des meilleures.

Située au cœur de la région de Kolda, plus précisément dans le département de Vélingara, Médina Gounass reste une cité religieuse avec des règles strictes. Au début, la localité était habitée par des Peuls Firdunké, venus de Médina El Hadj et Guiro Yéro Bocar (des villages qui se trouvent dans la commune de Kolda). C’est du temps du royaume du Firdu alors dirigé par Alpha Molo Baldé. C’est ce qui explique le nom donné à ses habitants, les Firdunké ou Firdunkoobé qui appartiennent à l’ethnie des Peuls. A l’époque, un marabout Toucouleur venu du Fouta se chargeait de l’instruction des populations du Fouladou en matière de lecture et de mémorisation du Coran pour le rayonnement de l’Islam.

Comme première étape, Médina El Hadj l’accueillit. Le même marabout chargea un de ses disciples d’en faire de même pour les populations de Gounass où se trouvaient d’autres Firdunkés qui se proclamaient Almoudos (disciples) de ce nouveau Thiernoo (maître coranique) qui n’était personne d’autre que le fondateur du Daaka de Médina Gounass. Il s’agit de Thierno Mohamadou Saidou Bah, le père de l’actuel khalife Thierno Ahmadou Tidiane Bah. La règle que Thierno Mohamadou Saidou Bah avait su imposer pour l’équilibre et la cohésion, c’était : le pouvoir spirituel aux Toucouleurs, plus instruits à l’époque, et le pouvoir temporel aux Gabounké (Fulacounda), les autochtones.

Après son décès, il y a eu transgression de cette règle qu’il avait mise en place pour maintenir une cohabitation harmonieuse entre les deux communautés. En effet, malheureusement, avec son rappel à Dieu, les dissensions entre Peulhs et Toucouleurs ou Pulaar réapparurent. Ainsi dans les années 1990, Medina Gounass connut une période assez sombre à cause de cette mésentente entre les deux communautés. La cité connut ainsi des affrontements épiques entre Peuls et Toucouleurs. Les Almoudos des deux khalifes de cette localité s’affrontaient régulièrement.

Deux mosquées côte à côte

Ironie du sort, Thierno Ahmadou Tidiane, actuel khalife de Médina Gounass, est le fils du marabout qui a approfondi les règles islamiques dans la cité alors que l’autre clan est composé des Fulacounda et ayant comme maitre Thierno Amadou Baldé qui fut l’élève du fondateur de Médina Gounass. En somme, Thierno Amadou Baldé, le guide spirituel de la communauté, était élève du père de l’actuel khalife Toucouleur, comme la plupart de ceux de sa génération. Ayant aujourd’hui, un homme (Thierno Amadou Baldé) d’une dimension religieuse immense, les Fulacounda n’ont pas voulu céder quand les Toucouleurs voulurent s’imposer.

Ce qui fait qu’il y a deux mosquées où prient les deux communautés. Les mosquées sont côte à côte. Cependant si la mosquée des Toucouleurs est terminée, celle des Peulhs, bien qu’accueillant les prières, est toujours en chantier. Cette partie est baptisée Médina Houda par le marabout Thierno Amadou Baldé. L’appellation de Houda est récente. Les maisons sont séparées, les Firdunké sont plus nombreux au centre de la ville, un signe qu’ils s’y sont installés les premiers. A l’heure actuelle, ils utilisent le nom de Madinatul Houda. Les Fulacounda disent Houda pour se démarquer du cachet officiel. Et d’ailleurs, ils ont formulé une revendication. C’est-à-dire que soit marquée sur leur carte nationale d’identité la mention : né à Madinatul Houda. Ce que l’Etat n’a pas accepté.

Par ailleurs, il faut dire que les gouvernements successifs ont toujours reconnu et soutenu les Toucouleurs. Me Abdoulaye Wade, à un moment, voulait rééquilibrer les forces, en permettant à la communauté des Gabounké d’accéder à la terre et aux financements. Mais cette promesse n’a pas été respectée par la suite pour des raisons non évoquées. Dans le Médina Gounass, les Toucouleurs ont le pouvoir politique, économique et ils bénéficient de l’appui de l’Etat. Cependant, il faut noter que les deux khalifes de ces deux communautés sont tous d’une dimension spirituelle incommensurable de savoir.

Samba DIAMANKA