Centralisation des urgences : Les médecins se radicalisent

Après les trois jours de grève sur l’ensemble du territoire national, le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) va reconduire son mouvement d’humeur pour exiger le respect des accords signés avec le gouvernement. Mais cette fois-ci, les médecins ont décidé de passer à la vitesse supérieure en « relevant le plateau de l’hécatombe » si l’on peut dire avec la centralisation des urgences pour trois jours. Ce, à partir du mardi 20 février prochain. Une grande première !

Depuis le lancement de leur plan d’actions destiné à contraindre le gouvernement à respecter les accords qu’il a signés avec eux, les médecins ne cessent de brandir l’arme de la centralisation des urgences. Une menace qui planait jusque-là comme une épée de Damoclès sur la tête des patients et qu’ils ont décidé de mettre à exécution à l’issue de leur réunion tenue à huis clos vendredi dernier. Cette mesure rarissime sera appliquée à partir du mardi 20 février prochain, ce, jusqu’au 23 du même mois.

La centralisation des urgences, arme fatale et radicale

A Dakar, l’hôpital Le Dantec a été choisi comme l’unique structure devant accueillir tous les cas d’urgence sur l’étendue du territoire de la capitale du moins, pour la journée du mardi. Le choix de Le Dantec ne doit rien au hasard puisque le Sames vise à créer un rush alarmant voire une hécatombe à quelques kilomètres du Palais de la République pour mieux se faire voir et entendre. Pour le deuxième jour de cette centralisation (mercredi), ce sera au tour de l’hôpital général de Grand Yoff (Hoggy) de prendre en charge tous les cas d’urgences. Le lendemain, jeudi, l’hôpital de Pikine (Thiaroye) prendra le relais et sera donc le service de convergence de tous les patients de Dakar. Dans les autres régions, une structure hospitalière sera désignée dans le cadre de cette « centralisation des urgences » considérée comme l’arme la plus fatale et la plus radicale du secteur syndical de la Santé.

Par ce énième mouvement, le Sames entend montrer à l’Etat son engagement et sa détermination à aller jusqu’au bout de sa lutte pour exiger le respect des accords signés en 2014. Accords qui s’articulent autour de trois points : le projet de modification du décret sur les heures supplémentaires, l’indemnité de logement — les médecins disent constituer la seule corporation étatique à ne pas bénéficier d’un tel avantage contrairement aux autres corps — et, last but not least, le statut du praticien hospitalier. Sur le premier point et sur d’autres, le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) dit que le gouvernement n’a manifesté aucune volonté de les appliquer compte tenu des promesses et propositions jugées « aberrantes » du ministère de l’Economie des Finances.

Boycott total des services d’urgence ?

« Nous rappelons au gouvernement que l’heure n’est plus aux promesses. Cette fois-ci, nous sommes déterminés à obtenir gain de cause, quitte à dissoudre le Sames en cas d’échec ! Juste pour vous prouver à quel point nous sommes engagés dans ce combat pour le respect des accords » jure un membre du syndicat des médecins à la sortie de la réunion du vendredi. « Le Témoin » a appris que, pour sauver la situation, le Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne va recevoir, ce lundi, les camarades du Dr Boly Diop pour une ultime négociation.

« Rien ne peut nous faire reculer puisque nous sommes convaincus que la Primature ne fera que des promesses », estime notre interlocuteur à propos de cette audience de la dernière chance avec le chef du gouvernement.

Rappelons-le, tous les mouvements de grève décrétés par les médecins jusqu’ici respectaient le service minimum surtout au niveau des urgences où les médecins prenaient en charge les cas d’urgence vitale. La mise en œuvre d’une « centralisation des urgences » remonte depuis les magistères des présidents Wade ou Diouf. Pour ce coup-ci, les médecins envisagent le boycott total des services d’urgence avant de centraliser ou domestiquer des milliers de malades dans une seule et unique structure au niveau.

Une grande première très malheureuse pour les malades et leurs familles déjà fortement éprouvés par la prise en charge, en temps normal, au niveau des établissements hospitaliers !

Pape NDIAYE