Circulation en Cedeao : Macky Sall déplore la persistance des tracasseries

Le forum sur « Enjeux et défis de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO et de la problématique de la migration » a servi de tribune au chef de l’Etat pour plaider le respect du protocole de libre circulation dans la sous-région. Il a saisi l’occasion pour condamner les violations récurrentes de cet accord sous régional signé depuis 1979. Malgré les décisions prises par les chefs d’Etat de la CEDEAO, plusieurs obstacles subsistent dont les tracasseries au niveau des frontières et des corridors. Macky Sall préconise une stratégie communautaire pour lever ces contraintes qui portent préjudice, selon lui, à l’épanouissement des populations de cet espace communautaire. Par ailleurs, il a fait un long développement sur la problématique de l’émigration.

Au cours de cette rencontre sous-régionale de haut niveau, aucun intervenant n’a esquivé la problématique de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO. En effet, du président en exercice du Parlement sous régional, Moustapha Cissé Lo, au président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse, en passant par le président de la Commission, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, ce qui est revenu comme un leitmotiv, c’est le non respect du protocole sur la liberté d’aller et de venir dans l’espace Cedeao. A tour de rôle, ils ont tous exprimé leur désolation de voir que cette entente paraphée depuis 1979 est presque restée en l’état, c’est-à-dire « rangée dans les tiroirs » sans qu’aucune mesure forte n’ait été prise par les décideurs politiques pour lever ces manquements qui freinent l’épanouissement des citoyens de cette zone communautaire.

Les vérités crues de Moustapha Cissé Lô

L’intervention la plus remarquable a été, sans conteste, celle de Moustapha Cissé Lo qui s’est refusé d’user d’un langage diplomatique devant une salle remplie d’autorités de tout d’ordre. El Pistoléro a dit tout haut et avec franchise, ce que ses collaborateurs ont dit certes avec la même franchise, mais enveloppé dans une certaine diplomatie. A l’en croire, « la restriction des droits d’aller et de venir est évidente en Afrique » et cela porte préjudice au développent socio- économique de la sous-région. Lequel est justement porté par la jeunesse africaine.

Dans un discours moins kilométrique que ceux qu’il avait l’habitude de prononcer en des occasions pareilles à la réunion d’hier, le président de la République a craché ses vérités sans mettre de gants et sans user de langue diplomatique. Ainsi, abordant le premier aspect du thème, les défis de la libre circulation des personnes et des biens, Macky Sall a commencé par indiquer que « la finalité de l’intégration, c’est surtout de faire en sorte que les textes soient appliqués ». Une manière de dire que l’application des textes de la Cedeao, surtout concernant cette problématique, pose problème. A son avis, le protocole de 1979 est rangé dans les tiroirs des Etats, ce qui fait que les populations souffrent des tracasseries au niveau des frontières, mais aussi par le fait des barrières non tarifaires entre autres, ce qui constitue, selon lui, « des obstacles qui se dressent sur le chemin de l’intégration ouest africaine ».

Le chef de l’Etat s’est d’autant plus désolé de cette situation que, soutient-il, beaucoup de mesures ont été prises pour promouvoir l’intégration africaine. Hélas, elles n’ont pas été à la hauteur des attentes ou, du moins, elles n’ont pas été appliquées par les Etats qui les ont ratifiées. Rappelant certaines d’entre elles, le président de la République a cité la suppression des formalités des visas en 1983, l’instauration de passeports communautaires en 2000 ainsi que des cartes biométriques sans compter le protocole de 1979 sur la libre circulation des personnes et des biens. Autant de mesures destinées à faire en sorte que l’intégration sous régionale soit une réalité.

Analysant le niveau d’application de ces textes, Macky Sall dresse un bilan pas du tout élogieux de la mise en pratique des décisions des chefs d’Etat de la Cedeao. Par exemple, sur les difficultés auxquelles se trouvent confrontées les populations au niveau des frontières, il a invité les chefs d’Etat de la sous-région à sanctionner les auteurs qui sont, selon lui, les agents des Etats qui exigent « l’accomplissement de formalités non requises, le paiement de sommes indues sous peine de retarder les voyageurs ou de leur appliquer une sanction illégale. Ces désagréments injustifiés au détriment des citoyens doivent être bannis », a martelé Macky Sall.

« On ne peut pas arrêter la migration… »

Dans un autre volet de son discours, le chef de l’Etat a abordé la problématique migratoire, qui est le second aspect du thème du forum. A l’étonnement général, il n’a pas cherché à décourager les populations africaines qui traversent les frontière à la recherche de meilleures conditions d’existence à l’étranger. En effet, d’après lui « on ne peut pas arrêter la migration » car c’est un phénomène normal pourvu qu’il repose sur le principe de la cohabitation de « l’impératif sécuritaire avec la libre circulation des personnes et des biens ». En clair, il préconise de promouvoir l’immigration mais, parallèlement, un contrôle minutieux des entrées doit être effectué pour, dit-il, filtrer les terroristes qui se fondent dans la masse pour perpétrer leurs forfaits.

Pour y parvenir, il estime que l’un des leviers sur lesquels le parlement de la Cedeao doit d’appuyer est l’application de la décision d’instaurer les cartes d’identité biométrique qui permettent, selon le Président, d’identifier, avec précision l’appartenance des individus. Macky Sall convient que l’idéal, ce serait que les jeunesses africaines restent sur la terre africaine pour le développement du continent mais il dit ne pas exclure l’alternative d’aller chercher une vie meilleure dans d’autres horizons, selon les critères requis par les lois et règlements. Sur ce point d’ailleurs, il a lancé un appel aux pays étrangers, surtout ceux d’Europe, à nouer des collaborations visant à promouvoir l’immigration légale entre les deux continents, en vue de permettre à nos jeunes et femmes d’élargir leurs chances de réussir dans leurs projets de développement.

Aliou KANE