Khalifa Sall déjoue le piège des avocats de l’Etat

Le député-maire de Dakar a déjoué hier l’engrenage dans lequel les avocats de l’Etat ont voulu l’installer. Khalifa Sall, qui semble maîtriser sur le bout des doigts la gestion de sa municipalité, a répondu de manière claire mais ferme que les dettes croisées payées par l’Etat à la Société nationale d’électricité (Sénélec) ne font pas partie de la caisse d’avance. Il s’est aussi évertué à démontrer l’existence de fonds politiques logés au sein de la mairie.

Au treizième jour du procès du député-maire de la capitale, ses partisans ne démordent toujours pas de
le voir sortir indemne du différend qui l’oppose à la justice. Même si le public se fait rare dans la salle 4 où
se tiennent les audiences, certains de ses inconditionnels veulent toujours croire à son innocence d’autant plus que, disent-ils, « Khalifa Sall se défend bien à la barre… il est irréprochable». Lors de l’interrogatoire d’hier sur les pièces qui n’ont pas été discutées et sur les divergences de position, les avocats de l’Etat ont produit une facture de la Sénélec portant sur les dettes croisées de la Mairie de Dakar et payées par l’Etat.

Réponse de Khalifa Sall : « c’est l’Association des maires du Sénégal (AMS) qui est allée voir le Président Wade en 2006 pour que cette facture d’éclairage public soit prise en charge par l’Etat qui a confirmé. Aucune collectivité locale du Sénégal n’est concernée par ça. Ce dont vous parlez ne nous concerne pas. L’Etat paye lui-même les factures. Sur les principes, l’Etat a pris en charge le paiement des factures de l’éclairage public. C’est Abdoulaye Wade lui-même qui a pris cette décision. Il n’y a plus de ligne de crédit pour payer cette rubrique dans la nomenclature budgétaire de la ville de Dakar depuis 2006 ».

Une facture de 400 millions de francs

Khalifa Sall a cependant précisé que les factures d’électricité des écoles et lieux de cultes sont entièrement payées par la ville de Dakar. Selon les avocats de la défense, « la ville de Dakar avait financé pour une valeur de 220 millions de francs plus de 60 lieux de cultes (mosquées et églises) en équipements solaire dans sa commune ». Pour sa part, Ibrahima Touré, l’actuel percepteur, a soutenu que ces dettes croisées concernent l’Etat et la Sénélec. « Cela ne peut en aucun cas figurer dans les comptes de la Mairie (…) J’avoue d’abord que nous n’intervenons pas à ce niveau. Je ne peux pas donner des informations précises. Comme je le dis, je n’ai pas d’information sur ces questions», a-t-il indiqué.

Pour sa part, Me Ousseynou Gaye, avocat de la ville de Dakar, a tenté de démontrer en posant des questions à Mbaye Touré que les ristournes sont des produits de la mairie de ville. « Les ristournes sont des fonds de la ville de Dakar. Elles sont collectées (vignettes, plus-value foncière) d’ordre et pour le compte de la mairie. Ce sont des recettes partagées entre l’Etat et la mairie » a expliqué le DAF de la ville de Dakar. Khalifa Sall est encore revenu sur l’historique de l’existence des fonds politiques de la mairie de la capitale avec des documents à l’appui. Lesquels font part d’une discussion entre l’ancien maire de Dakar du temps de l’AOF et l’ex-directeur des Colonies à propos des fonds politiques réservés à la police. Pour le député-maire, les « dépenses diverses » logées dans le cabinet du maire, constituent des fonds politiques destinés aux populations de Dakar. A ce titre, l’ancien directeur de la SAPCO, Ndiouga Sakho a, dans une correspondance écrite, témoigné que l’imam de sa commune a bénéficié de ces fonds d’une valeur de deux millions FCFA pour se soigner alors qu’il était gravement malade.

Le procureur de la République a souligné une facture de téléphone d’un montant de plus de 400 millions FCFA payée par la ville de Dakar. Dans sa réponse, Khalifa Sall a affirmé que toutes les lignes de téléphone de la Mairie sont escomptées. « La ville n’a pas de téléphone pour ses agents, ni pour les élus. Depuis 2009, nous avons lancé en accord avec la Sonatel un projet « internet à l’école » sans compter les feux tricolores qui ont fait grimper la facture de près de 400 millions FCFA » s’est-il défendu.

Augmentation de son patrimoine foncier

Pour le délit de détournement de deniers publics, Me Seydou Diagne a tenu à poser à Khalifa Sall la question suivante : « est-ce que votre déclaration de patrimoine de 2009 est identique à celui de 2014, concernant vos biens immobiliers ? » Réponse du maire de Dakar : « Non, car, en plus de mes trois terrains sis à Sangalkam, aux Parcelles Assainies et à Sacré Cœur que j’avais acquis avant d’être élu maire en 2009, j’ai acquis deux autres terrains à Yenne et à Popenguine. J’ai acheté celui de Yenne à 3 millions FCFA, tandis que celui de Popenguine, est un don », a-t-il répondu. Pour ce qui est de ses trois comptes bancaires, il a précisé qu’ils sont logés à la BHS, à la BICIS, et à la BNP Paris.

L’ancien percepteur municipal de Dakar, Mamadou Omar Bocoum, qui répondait aux questions de Me Moustapha Ndoye a réfuté les délits d’association de malfaiteurs et de complicité de détournement de deniers publics. « La remise des fonds à la disposition de Mbaye Touré a des fondements juridiques. Je récuse ces chefs d’inculpations. Tous les actes posés ont respecté la loi. L’ordonnance de renvoi du doyen des juges est fausse. Il y a eu une mauvaise interprétation des textes. Il ne s’agit pas des dépenses de mil et autres mais des dépenses diverses. Tous les actes posés ici sont conformes au respect de la réglementation. Jamais dans ma vie, on a convenu avec les co-prévenus de réunion pour une association de malfaiteurs. Pour moi, on n’a fait que respecter la réglementation », a pesté l’ancien comptable de la mairie qui a obtenu aujourd’hui une promotion dans une agence de l’Etat.

Les auditions vont continuer aujourd’hui avec les questions des avocats de la mairie de la ville de Dakar puis celles de leurs confrères de la défense.

Thierno Alassane BA