Médoune Diallo : Le fabuleux parcours d’un musicien à la voix d’or

Avec le décès de Medoune Diallo, le Sénégal vient de perdre l’une de ses plus grandes voix. Le chanteur Médoune Diallo a succombé suite à une longue maladie qui l’avait cloué au lit. Celui qui a connu le succès au sein du Baobab a explosé au grand jour au sein de la grande formation musicale du Baobab. Il faut dire que sa longue absence de la scène musicale et la rareté de ses apparitions médiatiques ont presque joué en sa défaveur. De ce fait, il est quasi impossible de retrouver sur la place une interview de cette grande figure de la musique sénégalaise. Le Témoin revient sur son parcours…

Médoune Diallo a intégré la formation du Baobab en 1972. Sur place, il était chargé de surfer sur la gamme de la musique afrocubaine. Il était secondé dans ce rôle par Balla Sidibé qui apportait aussi une touche mandingue. Comme l’orchestre voulait réussir une parfaite symbiose entre la musique moderne et traditionnelle, d’autres chanteurs étaient proposés à évoluer sur un registre plus traditionnel pour ne pas dire folklorique. Les animateurs de cette section étaient amenés par le talentueux Abdoulaye Mboup et Ndiouga Dieng de Bargny, lequel venait alors de quitter les drapeaux. Deux ans plus tard, Abdoulaye Mboup alors pensionnaire de l’ensemble lyrique du Théâtre Daniel Sorano, amène son jeune protégé Thione Seck pour étoffer la section. C’est bien après le décès accidentel de Laye Mboup que Rudy Gomis a intégré la section vocale de cet orchestre mythique. Médoune Diallo, qui a été de l’aventure durant plus de quinze ans, a impressionné son monde par la beauté de sa voix.

Né en 1949, c’est presque à l’âge de dix-huit ans qu’il commence vraiment à s’intéresser à la musique. Au début de l’année 1970, il intègre l’orchestre de Laye Thiam où il enregistre son premier succès. La chanson « Yala Mayegnou » connait un accueil favorable du public. C’est d’ailleurs ce coup d’essai qui lui permettra d’être repéré par les bailleurs du Baobab que furent : Adrien Senghor et Ousmane Diagne. Le jeune Médoune Diallo est coopté et il rejoint les autres membres fondateurs de ce groupe mis en place par des pontes du régime socialiste de l’époque qui voulaient disposer d’un groupe performant pour animer des soirées au niveau de la boite du Balafon.

Thione Seck, qui considérait le défunt comme son grand frère, souligne les qualités humaines de l’auteur de « Sibam ». « Je viens de perdre un grand frère. Il m’a accueilli au sein du Baobab et il a toujours été attentionné à mon égard. La preuve, quand il célébrait son anniversaire au Just 4 U en 2015, il m’avait choisi parmi ses invités et parrains. Il était un chanteur talentueux et doté d’un registre technique très fourni. J’ai beaucoup appris à ses côtés car c’est vraiment au sein du Baobab que j’ai acquis les rudiments du métier et il faisait partie de nos ainés car avec mon ami Mountaga Kouyaté, nous étions les benjamins », dit Thione la voix étreinte par l’émotion.

Quant à Balla Sidibé, il salue le talent d’un artiste doué. « Il était vraiment influencé par les grands chanteurs cubains et cela se ressentait dans sa manière de chanter. Il a toujours été avec nous. La preuve, même après son départ du Baobab et sa percée au sein du groupe Africando, il a participé à notre avant dernier album en interprétant le sublime « Sibam ». Tout cela pour vous dire son attachement à la grande famille du Baobab. Thione Seck en a fait autant en reprenant le morceau « Séy » sur notre dernier album. Comme quoi le grand et majestueux arbre Gouy Gui ne sera jamais déraciné. Il est vrai que les membres fondateurs disparaissent les uns après les autres », se désole le chanteur originaire de Sédhiou.

Le frère du célèbre animateur, Massa Diallo, qui a fait le tour du monde avec la célèbre formation d’Africando, avait aussi mis sur pied sa propre entité musicale dénommé le « Torodo » en référence à ses origines « foutanké ». Medoune Diallo a laissé à la postérité une œuvre monumentale et sa belle voix de rossignol s’est tue à jamais.

Fadel LO