Editorial de Mamadou Oumar Ndiaye – Idy 5th President ?

Espiègle Idrissa Seck ! Il sait que dès qu’il décoche une flèche ou tire une salve en direction du président de la République, le camp d’en face s’affole, tire dans tous les sens, le menace de ses foudres et lui promet la géhenne. Imperturbable, il attend que les gesticulations retombent pour encore viser sa cible favorite du moment, le président Macky Sall. Lequel montre lui-même des signes de nervosité, ne sachant quelle stratégie opposer à ce provocateur né qu’est le président de Rewmi. A un an de la présidentielle de 2019, ce dernier s’est installé dans la posture de principal challenger du président Macky Sall. Il joue à fond la carte de la bipolarisation, la voie lui ayant été grandement balisée, il est vrai, par l’homme avec qui il rêve d’en découdre après le 24 février 2019 pour un second tour historique. On en est loin !

Pour l’heure, Idrissa Seck tente de forcer les choses, de pousser le président sortant à la faute. Ce dernier sait que le moindre faux pas lui sera fatal. Le troisième Premier ministre du président Abdoulaye Wade est un animal politique. D’une éloquence rare, ce maître de la parole a l’art des formules qui font mouche et tuent. Ayant mémorisé le Coran qu’il maîtrise sur le bout des doigts, il en fait une utilisation déstabilisatrice pour ses adversaires.

Doté d’une culture encyclopédique, cynique, formé à l’école du machiavélisme par un certain… Abdoulaye Wade, ayant constitué, à partir de son ancienne « station » stratégique de tout-puissant ministre d’Etat, directeur de cabinet du même Wade des dossiers sur tous ceux qui pourraient le gêner, ayant aussi noyauté à l’époque tous les rouages essentiels de l’Etat, s’étant donné depuis longtemps les moyens financiers de ses ambitions — il aime renvoyer ses interlocuteurs à une interview qu’il m’avait accordée en 1988 où il confiait sa volonté de chercher et le Savoir et les Moyens pour conquérir le pouvoir —, disposant d’un appareil politique certes laminé par le pouvoir mais pouvant se reconstituer à mesure qu’une perspective de victoire se dessinera surtout si ses anciens « frères du Pds », parti dont il dit être l’actionnaire majoritaire sont privés d’une candidature de Karim Wade — , Idrissa Seck donc a tout ce qu’il faut pour, à défaut d’avoir pu devenir « Idy4President » (jeu de mots pour Idy four Président) ainsi qu’il l’ambitionnait en 2012, devenir « Idy 5th Président » ou 5ème président de la République.

Une chose est sûre, Idrissa Seck, c’est un homme d’Etat, un vrai, qui a du caractère et sait se faire respecter ! Ce n’est pas lui qui se serait laissé déborder par les lobbies qui ont fini de prendre le pays en otage ! Pas lui non plus qui laisserait son épouse devenir vice-présidente de la République. Lui, quand il tape sur la table, tout le monde se tait. Et quand il siffle la fin de la récréation, on n’entend plus une mouche voler dans la cour…

Cela dit, il devra compter avec des adversaires puissants, prêts à tout pour se maintenir au pouvoir — surtout dans la perspective d’une très proche exploitation du gaz découvert dans notre pays — et possédant des moyens financiers inouïs. Un trésor de guerre redoutable dont le Fonds pour l’entreprenariat rapide (Fer) doté d’un budget de 30 milliards de francs et logé à la présidence de la République, ne sera qu’une infime partie. Un fonds dont les modalités de décaissement seront singulièrement allégées, le président de la République ayant demandé publiquement à ceux qui l’administrent de réduire le maximum possible les formalités d’octroi de prêts. Il s’agira en réalité d’une sorte de caisse… d’avance, comme celle qui vaut au maire de Dakar d’être jeté en prison ! C’est pourquoi, pour une plus grande efficience de ce fonds et une célérité de ses décaissements, nous nous permettons de donner quelques conseils au président de la République. Des conseils gratuits, bien sûr !

Il devra nommer le percepteur Mamadou Oumar Bocoum à la tête de ce Fonds. C’est un spécialiste des décaissements rapides ! Puisqu’il faudra simplifier les procédures, nous suggérons de n’exiger des demandeurs de prêts auprès du Fonds de ne présenter en tout et pour tout en guise de dossier que des factures de riz et de mil! Le « Gie Tabara ou Tabbar », ayant fait ses preuves à la mairie de Dakar, faire des factures à en tête de « Gie Sabar… bou tass » et le tour sera joué !

Ainsi, le président pourra financer à tour de bras les associations ou groupements de jeunes qui sont la cible de son fonds pour l’entreprenariat rapide. De jeunes et des femmes entrepreneurs dont les entités pourront avoir un seul objet social : la réélection du président Macky Sall !

Rien ne sert de courir !

Cette parenthèse fermée, il convient de se demander si le président de Rewmi ne s’est pas lancé trop tôt dans la course au risque de s’essouffler face à un adversaire qui n’a pas choisi pour rien le cheval pour en faire l’emblème de son parti ! Car l’enseignement majeur des derniers scrutins présidentiels dans quelque pays démocratiques, c’est que les vainqueurs étaient des candidats que personne ne voyait venir voire qui n’y croyaient pas eux- mêmes. Qu’il suffise de citer les exemples du président américain Donald Trump, du chef d’Etat français Emmanuel Macron ou même, plus près de nous, du Gambien Adama Barrow. Aucun d’entre eux ne s’était positionné ouvertement un an plus tôt.

La meilleure stratégie, ce devrait être plutôt celle du coureur qui se détache du peloton à quelques mètres de la ligne d’arrivée pour s’imposer, les échappées solitaires étant rapidement neutralisées. Et puis, en concentrant trop ses attaques sur le président sortant qui, lui, pour le moment, essaie de se montrer dans le temps de l’action, M. Idrissa Seck ne court-il pas le risque de lasser l’électorat ? Mais bon, son équipe de campagne saura sans doute trouver le bon tempo ainsi que la stratégie gagnante pour lui permettre de réaliser ses ambitions.

Pour l’heure, ce qu’il convient de dire — et c’était avant tout le but de ce papier — c’est que la prétention de M. Idrissa Seck à imposer un débat avec le président Macky Sall n’est pas justifiée et ne saurait prospérer. En effet, même si on ne sait pas trop quand est-ce qu’il porte la casquette de chef de l’Etat ou quand il met le bonnet du chef de l’APR, Macky Sall est quand même le président de la République. Il est le seul à avoir été élu — et bien élu —au suffrage universel avec près de 65 % des votes exprimés en 2012.

Or, il n’est pas d’usage qu’un président de la République débatte avec qui que ce soit dans un pays. Avec qui le ferait-il du reste ? Il a donc une longueur d’avance pour ne pas dire qu’il ne boxe pas dans la même catégorie que M. Idrissa Seck. Pour re- prendre l’expression de l’ancien Premier ministre — comme lui ! —, Mme Aminata Touré, il joue dans une division inférieure et pour qu’il puisse prétendre affronter le président de la République, encore faudrait-il qu’il se qualifie auparavant. En plus, quand bien même le président Macky Sall serait disposé à débattre avec quelqu’un, pour quelle raison le ferait-il avec le patron de Rewmi ?

A la limite si ce dernier était le patron de l’opposition ou s’il disposait du plus grand groupe à l’Assemblée nationale après celui de Benno Bokk Yaakar (BBY), voire s’il s’était classé troisième à la dernière présidentielle et vu l’âge de celui arrivé deuxième… Il se trouve qu’il n’est dans aucun de ces cas ! Certes, il a été, comme il s’en est vanté, le « patron » au gouvernement de l’actuel président de la République mais ce dernier, en plus de lui avoir succédé à la Primature, a accédé à la magistrature suprême et l’a contraint à faire son deuil de son rêve d’ « Idy4President ».

Il reste donc au président de Rewmi à labourer son champ, à investir le Sénégal des profondeurs, à aller inlassablement à l’as- saut des électeurs pour chercher à les convaincre, à tirer profit du grand mécontentement des Sénégalais. Au premier rang desquels les frustrés de l’APR face à la déferlante des transhumants qui ont envahi leur parti et accaparé postes et sinécures. Si Dieu et les Sénégalais font qu’il se qualifie pour le second tour, à ce moment- là, et à ce moment-là seulement, c’est-à-dire au lendemain du 24 février 2019, M. Idrissa Seck pourrait, et en parfaite légitimité, réclamer un débat télévisé avec le président Macky Sall. Un débat que ce dernier sera libre d’accepter ou de refuser mais auquel il serait moralement tenu.

Mais, encore une fois, on en est loin et d’ici là, eh bien un troisième larron pourra toujours faire son apparition si l’on n’y prend garde !

Mamadou Oumar NDIAYE