[Entretien] Mame Gor Diazaka : «Pourquoi je suis le meilleur chanteur du Sénégal»

On vous a certainement baratinés avec les sondages de la presse à n’en plus finir mais c’est fini. Mame Gor Diazaka, leader du Diazaka groupe, vous chante un tout nouveau sondage : celui sur les musiciens. Ne cherchez pas trop, lui se bombe le torse et croit être le meilleur, selon ses propres fantasmes musicaux. En toute modestie. Même si Mame Gor Diazaka affirme sans crier gare que Youssou Ndour est sa référence. Avant de rayer ce disque pour nous proposer la chanson de sa vie actuelle, son soudain soutien et intéressé à Macky Sall, sur sa deuxième épouse Fatou Thiam et sa vie d’ambassadeur de l’Agence sénégalaise pour la promotion touristique (ASPT) pour vendre la destination Sénégal. Vous l’en pensez capable ? Lisez et appréciez-vous-mêmes… 

Vous avez été récemment nommé «ambassadeur» pour vendre la destination Sénégal ?

Tout d’abord, je suis en train de préparer l’anniversaire de mon groupe au Théâtre national Daniel Sorano. Cette année, cela a coïncidé avec la sortie d’un album de quatre titres que j’ai mis sur le marché. C’est sorti, il y a un mois et demi. Seulement, je n’avais pas trop le temps de faire la promotion de la cassette. Pour la bonne et simple raison que j’avais voyagé. Et donc, je vais profiter de l’anniversaire de mon groupe, le quatorzième du genre, pour faire la fête et en même temps la promo de cet album. Dans le même temps, en tant que collaborateur de l’Agence sénégalaise de la promotion touristique, je vais également en profiter pour vendre la destination sénégalaise. Je vais vendre la destination Sénégal à travers la musique.

Etes-vous capable avec votre musique de vendre la destination sénégalaise aux Sénégalais et aux étrangers ?

Premièrement, nous allons composer un tube pour parler du tourisme. Secundo, nous allons valoriser les zones touristiques du pays qui sont presque délaissées. Et là, il faudrait peut-être prendre l’exemple de la Chine ou du Japon qui font tout pour vendre leurs pays. Même si vous y allez pour un séminaire, ils essaient de vous inciter à visiter les merveilles de leurs pays. Alors qu’au Sénégal, tel n’est pas le cas. Bien qu’il y ait une politique pour cela, les affaires ne vont pas dans le sens où voudraient les autorités. Et pour cela, nous avons concocté un programme de spectacles pour les zones touristiques que ce soit à Kédougou, Saly, Cap Skiring en Casamance. Nous serons partout où le besoin se fera sentir pour vendre la destination Sénégal qui est un havre de paix.

Pensez-vous réellement avoir les capacités artistiques pour faire adhérer le maximum de Sénégalais et de touristes ?

Bien sûr, pourquoi pas ? Je suis un chanteur sénégalais que le public adule. Les Sénégalais m’adorent. J’ai confiance en mon succès parce que les Sénégalais adorent un homme véridique, qui ne ment pas et qui défend la vérité contre vents et marées. Et je pense avoir ce profil. Dans la rue, des fans ne manquent pas de me témoigner cette marque de reconnaissance. Lors de mes spectacles, je fais le plein. Sans compter le succès engrangé par mes albums. A chaque fois que j’organise quelque chose, si l’objectif est de 100%, j’ai sans conteste 150 ou 200%.

N’êtes-vous pas en train de vous leurrer ?

Non du tout. J’atteins toujours mes objectifs dans la musique grâce aux fans.

Parmi le flot de musiciens de notre pays, pourquoi a-t-il fallu que l’ASPT vous choisisse ?

L’ASPT ne m’a pas choisi. C’est moi qui suis allé vers elle. J’ai pris du temps pour réfléchir et cette réflexion m’a mené à œuvrer pour vendre la destination Sénégal. J’ai beaucoup voyagé à travers le monde. Et lors de ces déplacements, j’en ai profité pour m’inspirer des pratiques en cours pour booster le tourisme. Je me suis dit pourquoi ne pas les appliquer au Sénégal. Comme j’ai fait presque 17 ans de carrière au Sénégal, presque tout le monde me connait, vendre la destination sénégalaise…. (Il ne termine pas sa pensée). Le bas peuple, le citoyen, les illettrés peuvent ne pas trop maitriser le concept de destination Sénégal.

Mais si vous leur montrez les merveilles de notre pays, cela peut paraître important. Prochainement, nous allons nous produire dans les zones touristiques du pays pour aider l’ASPT à vendre la destination Sénégal. Ce sera des moments de communion pour faire mieux comprendre ce qu’est la destination Sénégal. Dernièrement, quelque chose s’est passé en Casamance – il fait allusion à la tuerie de Boffa Bayote où 13 compatriotes y ont péri- d’aucuns ont très vite accusé le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) comme étant l’instigateur de cet acte odieux. Des déclarations qui peuvent faire peur aux touristes. Et sérieusement affecter le tourisme.

Je suis d’avis que le touriste ne doit pas seulement être celui qui provient de l’étranger. Un Sénégalais peut profiter du cadre douillet qu’offrent les zones touristiques de notre pays. Donc, comme je l’ai dit plus haut, avec toutes ces idées, je suis allé voir Bamba Mbow le directeur de l’ASPT pour lui faire la proposition. Et il y a adhéré. D’autres pairs artistes sont nommés des ambassadeurs pour vendre la destination Sénégal. Daraa-ji, Adiouza, Gorgui Sy Dieng, tous ceux qui ont une grande renommée sans trainer de casseroles sont appelés à œuvrer pour la promotion du tourisme. Vous-même en tant que journaliste, vous pouvez de votre côté faire vendre la destination Sénégal.

Samedi, vous allez fêter le 14ème anniversaire de votre groupe pour lequel vous avez invité une forêt de parrains Vip…

Parce que je suis un Vip (Sic). (Grand éclat de rires). J’ai de très bonnes relations dans ce pays. Ce n’est pas parce que toutes ces personnes m’ont remis quelque chose que je les ai citées comme parrains de la manifestation. Le compte n’y est pas. Il y en a qui ne m’ont pas remis un seul kopeck même pas la modique somme de 1000 francs Cfa. Comme le Sénégalais est très narcissique et entend le rester, il y en a que l’on cite pour le plaisir de les citer. Pour ne pas se voir rappeler à l’ordre, si je puis m’exprimer ainsi. Parce qu’ils sont capables de vous appeler et de vous dire pourquoi vous ne les avez pas cités. J’ai de très bonnes relations. Je suis ‘’le Sénégal ‘’.

Ah bon ?

Parce que le public m’adore.

Vous vous sentez si puissant musicalement à ce point…

Je suis en paix avec tout le monde. Et il n y a pas quelqu’un qui puisse affirmer le contraire. Donc, comme je suis un homme de paix en phase avec tout un chacun, c’est tout à fait normal que le succès suive.

Mame Gor n’est pas si modeste que ça …

Je suis très modeste. En tant que baay-fall, je suis là à discuter. Et vous dites que je ne suis pas modeste. Oui, c’est moi qui ai dit que je suis le plus grand chanteur que le Sénégal ait connu. Tout ce que j’ai, je l’ai eu grâce à la musique. J’étais sur un plateau de télé lorsqu’on m’a posé la question et j’ai répondu que c’est moi sans ciller. Je suis le meilleur.

N’est-ce pas audacieux de votre part ? Dans ce cas, où est-ce que vous classez Youssou Ndour ?

Dire que je suis le meilleur ne veut nullement dire que je n’apprécie pas le talent des autres. Youssou Ndour est un grand chanteur, un monument, un exemple pour la jeunesse africaine et même mondiale. Youssou Ndour est ma référence.

Sur les affiches de votre spectacle, on vous voit en parfaite osmose avec votre bienfaiteur Cheikh Amar et le président de la République Macky Sall.

On ne se met jamais à dos la majorité. Et si quelque chose ne va pas, vous pouvez le dénoncer sans jamais contrarier le pouvoir. Il faut aussi veiller à encourager les bonnes initiatives. Au Sénégal, on aime trop la critique facile. Tant que vous n’êtes pas encore au pouvoir, vous êtes considéré comme bon. Mais dès que vous accédez à la magistrature suprême, des avis contraires se dessinent. Lorsqu’on a voulu gommer Wade, on a plébiscité Macky Sall. Et aujourd’hui, les affidés d’hier sont devenus les contempteurs d’aujourd’hui. Ils se bousculent à l’applaudimètre pour clouer au pilori le régime en place.

Vous-mêmes étiez de l’autre côté avec Abdoulaye Wade…

Je n’ai jamais été avec le président Abdoulaye Wade. Puisque j’ai été le premier à avoir chanté que la vie était chère en ces temps-là. Vous vous souvenez certainement de la chanson «ceeb-bi cher na, diwlin bi cher na…». C’est Karim Wade qui est mon ami. Mais je ne fais pas de la politique pour lui. On a de très bonnes relations. Il m’appelle souvent. Et j’en fais pareil. Ça s’arrête là. Pour votre gouverne, il ne m’a jamais donné même pas un kopeck. Ce n’est pas un appel du pied. Lorsqu’il était dans les liens de la détention, je suis allé le voir. Et je faisais partie des personnes qui l’ont soutenu à l’époque. Et ce n’était parce que je suis contre le président Macky Sall. Parce que je ne pouvais pas comprendre que sur une liste de 25 personnes qu’il soit le seul à être incarcéré. Je ne pouvais pas gober cette injustice.

Logique pour logique, vous devriez vous battre pour que l’on éclaire la lanterne des Sénégalais sur le sort des 24 autres restants…

Pour moi, un pays ne peut se construire que dans la paix. Peut-être que la fougue au début a poussé le pouvoir à s’embarquer dans cette histoire. Mais la réalité du pouvoir aidant, combiné aux valeurs de paix, de Téranga de notre pays, la majorité a mis la pédale douce en engageant le pays dans la voie de l’émergence. Le Plan Sénégal émergent (Pse) est un très bon plan. Idem pour la Couverture maladie universelle (Cmu). Vous me parlez des dettes de la Cmu, on fait avec. La France, les Usa qui sont des pays développés empruntent parfois. La Norvège qui est ‘’un petit pays’’ prête aux Usa.

Donc, pour vous, le pays se porte à merveille…

Tout n’est pas rose. Parce qu’il faut quelque chose pour inciter le pouvoir à faire plus et mieux. Il y a du bon avec le régime. Le Pse, le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc) avec mon ami le ministre Souleymane Jules Diop est aussi une bonne initiative. Aujourd’hui, beaucoup de pays africains font le déplacement au Sénégal pour s’en inspirer. Pour ce qui est des mauvais points, je n’en vois pas actuellement. Où est ce que cela ne marche pas ?

La patrie avant le parti est une chimère que l’on nous a vendue. Et aujourd’hui, c’est presque du vent…

Et si le frère du président de la République est à la place qu’il faut, où il faut. Le président de la République est un homme, il n’est pas le Bon Dieu, ni son prophète. Comme tout humain, il peut faire des promesses mais une fois au pouvoir, il y a la real politique.

En politique, Khalifa Sall, le maire de Dakar, est accusé de détournements avec de fausses factures alors que ce n’est pas lui qui a mis le système en place. Ca a existé depuis et le pouvoir en avait conscience. Pourquoi ne pas avoir invité Khalifa Sall à s’expliquer depuis et attendre à presque un an des élections présidentielles et des locales pour le faire ?

C’est de bonne guerre. Khalifa Sall est un opposant qui a voulu être roi à la place du roi. J’ignore si Khalifa Sall a pris ou pas. Tout ce que je sais, il a été dit que Khalifa Sall a détourné des fonds de la mairie qui étaient destinés aux populations (Sic) pour les moyens de sa politique. Depuis le début de cette affaire, je n’ai jamais vu où Khalifa Sall nie les faits. Il dit juste qu’il n’est pas le seul.

Pourtant, à la même époque où Khalifa Sall a été arrêté, la presse avait fait état d’un détournement au ministère de l’Hydraulique géré par un frère de la Première dame. Le dossier traine toujours…

Qui vous dit que l’enquête n’est pas en cours ?

Vous dites que tout est rose pourtant l’Apr que vous soutenez va ériger sa permanence nationale au sein même du dépôt de Ouakam de Dakar Dem Dik sur une superficie de 2000 m2 vendue à la somme de 600 millions francs Cfa. Vous trouvez cela normal ?

Je ne maitrise pas trop les tenants et aboutissants de cette affaire. Mais c’est la même chose qui se passe à la Foire de Dakar. Le Cices s’est vu délaisser d’une partie de sa superficie. Et ça, c’est l’œuvre de l’ancien pouvoir. Donc, il est tout à fait normal que le pouvoir fasse quelque chose (re…sic). Tout est bon avec Macky Sall.

Vous avez fait un retournement de veste spectaculaire comme l’a fait du reste votre deuxième femme Fatou Thiam qui était l’un des grands pourfendeurs du régime en place…

Si vous voulez interviewer ma femme, vous n’avez qu’à l’appeler. Je ne suis pas de l’Apr. Ce que ma femme a dit antérieurement au président Macky Sall et à son régime, c’est son problème. Elle a un mouvement qui s’appelle Allure (Alliance libérale pour l’unicité de la République). C’est elle la politique, moi je suis un musicien.

Votre fils fait de la musique comme vous…

Talla a hérité de son père. Comme je l’avais fait de mes aïeux. Mon fils étudie à l’université mais cela n’empêche qu’il fasse de la musique. Il le faisait en cachette. Je l’ai appris tout à fait par hasard dans la rue. Parce qu’il pensait que j’allais le rabrouer. Mais il a tout faux. Si on prend l’exemple de Youssou Ndour, si ses parents avaient pressenti le succès qu’il allait engranger et toute l’industrie qu’il allait mettre en place grâce à la musique, ils n’allaient pas lui faire l’injonction de tout arrêter. Donc, je ne peux qu’encourager mon fils à faire dans la musique.

C’est quoi l’histoire de vos rastas ?

Il n y a aucune histoire particulière. Mes rastas, je les ai depuis l’époque où j’étais dans le daraa de Serigne Modou Mbenda Fall qui est un fils de Mame Cheikh Ibrahima Fall. Moi, je suis un baay-fall tout comme l’est mon père. Toute ma famille est baay-Fall. Cela fait 25 ans que j’ai ces rastas. Moi, je ne suis pas un rasta. Je suis un baay-fall pur sucre qui épouse tous ses idéaux. Et je vais mourir avec.

On vous a connu comme étant le manager de l’ancien groupe de rap Bamba-Ji Fall. Avec le recul, qu’est ce qui a été à l’origine de l’éclatement du groupe ?

Lorsqu’un groupe est composé de plusieurs membres, son éclatement ne cesse de pointer à l’horizon. On essaie de faire monter la tête à untel en lui disant qu’il détient les rênes du groupe. Alors que la réalité est toute autre. Ces ondes négatives peuvent précipiter le groupe. Et c’est ce qui s’est passé avec Bamba-Ji. Je me suis dit pourquoi ne pas lancer ma carrière solo puisque j’ai la voix, le talent. C’était l’occasion de réveiller ce qui sommeillait en moi. L’argent n’a jamais été la source de l’éclatement de Bamba-Ji fall. J’avais entendu ces rumeurs mais il n’en est rien.

Polygame à deux galons, allez-vous en arrêter là ou bien ?

Je suis foncièrement polygame. Et je peux avoir jusqu’à quatre femmes.

Vous semblez privilégier votre deuxième épouse, Fatou Thiam. On entend parler que d’elle…

C’est juste qu’elle est la plus connue. Puisqu’elle est en politique. Vous ne connaissez pas ma première femme Fatima mais je l’ai chantée. Toutes les deux œuvrent pour me faire plaisir. Elle n’est pas plus méritante que Fatou Thiam. Elle l’a juste devancée parce que cela fait 20 ans que je suis avec ma première femme. Fatima est une battante. Comme l’est du reste Fatou Thiam. Vous me parlez de femme député. Je peux même avoir une femme présidente de la République. Fatou Thiam, on était ensemble avant qu’elle ne soit députée. Donc, c’est tout à fait normal qu’elle accepte ma demande en mariage. Même si entre temps, elle est devenue députée.

Il a été fait état de vos problèmes de ménage avec Fatou Thiam ?

Il n’en est rien. Fatou Thiam, on a eu jamais de problème. Elle croit en moi. Et j’en fais autant.

Outre l’anniversaire prévu ce samedi, quels sont vos projets ?

Après l’anniversaire, je vais me rendre au Zénith parce que je suis l’invité de Viviane Ndour. Au retour, je démarre une tournée nationale.

Propos recueillis par Maguette SEYE