Décès de Lilyan Kesteloot : Les études littéraires négro-africaines francophones perdent leur fondatrice

Lilyan Kesteloot, qui a participé à la formation de plusieurs étudiants devenus de grands professeurs, laisse à la postérité un immense trésor avec d’importantes publications et recherches qui font références. Cette vie littéraire s’est interrompue mercredi à Paris à l’âge de 87 ans.

Sur ses frêles épaules, elle a porté la littérature africaine. Critique littéraire chevronnée, ignorant les compromissions et autres passe droits, elle s’est exercée avec rigueur à la critique des études littéraires africaines et caribéennes qu’elle maitrisait sur les bouts des ongles. Un corpus littéraire qu’elle a révélé au monde par la pertinence de ses critiques devenant ainsi une des plus éminentes spécialistes du monde littéraire subsaharien.

Une vie entièrement consacrée à la littérature africaine qu’elle a découverte dans son enfance. « Mon intérêt pour la littérature africaine est née de mon enfance coloniale dans le Congo belge », aimait rappeler Lilyan Kesteloot. Elle découvre dans les années 1950 en France, le mythique « Cahier d’un retour au pays natal » du Martiniquais Aimé Césaire. Quelques années plus tard, l’on découvre sa célèbre thèse sur  «Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature ». Cette thèse soutenue en 1961 à l’Université libre de Bruxelles, fit date, révélant au monde la galaxie naissante des lettres modernes africaines.

Lilyan Kesteloot, Sénégalaise de cœur, a participé à la formation d’éminents professeurs qui sont devenus des références dans le monde universitaire. C’est en effet Léopold Sédar Senghor, devenu en 1960 président du Sénégal, qui chargea l’universitaire de l’ouverture à l’IFAN d’un département spécial chargé d’assurer la collecte des traditions orales de l’ouest africain. Une mission que Kesteloot a menée avec une dévotion exceptionnelle, investissant le champ des contes, fables et légendes, mais aussi épopées et mythes.

Née à Bruxelles en 1931, une vie entièrement consacrée à la littérature a ainsi pris fin, mercredi 28 février, à Paris. Décédée à l’âge de 87ans, elle a été directrice de recherche à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN Cheikh Anta Diop).

Réagissant à la disparition de Lilyan Kesteloot, le critique littéraire Moustapha Tambadou salue la générosité intellectuelle de cette dame qui a été, avec le professeur Madior Diouf, à l’origine de sa rencontre avec Senghor. La vie bien remplie d’une grande dame des études littéraires africaines et caribéennes s’achève ainsi à Paris.

Alassane Seck GUEYE