Portrait d’un magistrat intrépide : Malick Lamotte, tel que nous le connaissions

Juge Malick Lamotte, c’est de lui qu’il s’agit ! Mister « Lamotte », c’est le nom le plus médiatisé de ces derniers mois. Et le plus usé et abusé jusqu’à ce qu’il embrouille la conscience collective du peuple sénégalais. S’il en est ainsi, c’est parce que le juge Lamotte détient une épée de damoclès suspendue au- dessus de la tête d’un maire de Dakar nommé Khalifa Sall dont le destin politique ou politico-judiciaire est lié à la décision qu’il rendra vendredi prochain. Un maire qui polarise les espoirs d’une bonne partie du peuple sénégalais, singulièrement les habitants du département de Dakar.

Malick Lamotte, les uns ont parlé du juge sans pour autant le connaitre ; les autres ont jugé et préjugé l’homme sans l’avoir côtoyé, encore moins fréquenté. Comme sa physionomie, Malick Lamotte revêt des apparences trompeuses. Agé de 52 ans puisqu’il est né 1966, Malick Lamotte, cette silhouette frêle de petite taille ressemble plus à un adolescent voire un collégien qu’à un adulte. Derrière son visage jovial et juvénile se cache un honorable père de famille doublé d’un haut magistrat. Un exemple qui remonte courant 2012 où nous l’avons rencontré nuitamment dans la file d’attente des urgences de l’hôpital Albert Royer de Fann.

Dans les bras, « Papa » Lamotte avait son petit garçon terrassé par un palu. Soudain, nous l’apostrophons avec un brin d’humour en ces termes : « Tiens, Président ! un haut magistrat ne devait-il pas emmener son enfant dans les cliniques huppées au lieu d’encombrer les hôpitaux de masse… Hein ? ». S’efforçant de sourire face à cette question malgré sa douleur de père confronté à la souffrance de son enfant, il évita avec brio la provocation : « Donc, sortons tous les deux des rangs avec nos enfants, et n’oublie surtout pas de m’indiquer une clinique où l’on peut payer un ticket de consultation à moins de 3.000 FCfa… » avait-il ironisé avant de poursuivre : « Et ton dirpub Mamadou Oumar ? Vraiment, j’ai constaté avec plaisir que vous êtes restés très longtemps sans comparaitre devant ma chambre correctionnelle » avait-il dit, taquin.

Rigoureux

Pour cause, à l’époque « Le Témoin » était un habitué du prétoire, l’homme Lamotte venait ainsi de fermer cette parenthèse de retrouvailles entre un juge et un justiciable qu’il a eu pourtant à condamner ou relaxer à plusieurs reprises pour « délits » de diffamation.

Au delà des qualités naturelles d’un homme profondément humain, chaleureux et humble, Malick Lamotte est dépeint par ses pairs comme un juge très rigoureux, intraitable et expérimenté. Et « courageux », semblent oublier ces mêmes pairs ! A preuve par l’affaire de la « caisse d’avance » où les avocats de Khalifa Sall semblaient émettre des doutes sur l’impartialité du juge Maguette Diop. « Le Témoin » vous le révèle : Pour éviter que ce dernier soit dessaisi voire « aplati » par les avocats de la défense en pleine audience, ce qui constituerait un revers pour le tribunal, Malick Lamotte, en sa qualité de président du tribunal de grande instance (TGI) de Dakar a pris ses responsabilités pour prendre en mains le dossier « Khalifa Sall ». Et monter à l’audience !

Une décision courageuse, mais surprenante mettant ainsi toutes les autorités judiciaires devant le fait accompli. Inamovible magistrat du siège, « Lamotte », comme l’appellent ses amis, a fait ses preuves dans presque tous les cours et tribunaux où il a vécu des expériences à la fois passionnantes et enrichissantes. Et surtout embarrassantes ! Comme ce fut le cas dans plusieurs procès concernant des dossiers complexes, sensibles et parfois aux relents politiques dont il a eu à hériter : Affaires Madiambal Diagne contre Karim Wade (2005), Barthélémy Dias (2017), Serigne Moustapha Sy et ses Moustarchidines (1995), Abdoul Aziz Tall (2002), Thiantacounes à Thiès (2012), Lonase contre Abdou Latif Coulibaly (2010) et autres.

Jamais ébranlé par la pression médiatique

Ayant géré ou dompté plusieurs gros dossiers en 30 ans d’expérience professionnelle, Malick Lamotte, tel que nous le connaissions, est un être humain comme tout « être », mais doublé d’un statut de juge toujours serein et intrépide à toute épreuve. D’ailleurs dans toutes les grosses affaires, nous confient deux de ses ex- assesseurs, le président Lamotte n’est pas du genre à vouloir devenir le grand juge qui élucide, chaque fois, la grande énigme criminelle.

« A l’issue de chaque audience, il dit que c’est la Justice qui a fait son travail », se souviennent ses pairs. Encore, encore si la nature n’a pas changé entretemps l’homme ; et si le contexte n’a pas entre temps changé le juge, Malick Lamotte, tel que nous le connaissions, est un magistrat qui ne se laisse jamais ébranler par la pression médiatique. La clameur publique ou politique, n’en parlons pas ! Il est vrai que jusqu’à une époque récente, le juge Malick Lamotte menait une vie d’escargot consistant à se replier discrètement dans sa coquille de robe.

Il a fallu le procès « Khalifa Sall » pour qu’il soit désormais sous le feu des projecteurs. De force ou de gré. Qu’il le veuille ou pas. A bien des égards, Malick Lamotte est mieux placé psychologiquement et bien outillé professionnellement pour connaitre que dans tout procès, il y a toujours, au moins, une partie qui ressort mécontente. Surtout s’il s’agit d’un procès où se jouera inéluctablement l’avenir d’un homme politique aux ambitions présidentielles, d’une part, et le combat pour la bonne gouvernance, de l’autre.

Toujours est-il que vendredi prochain, lorsque le président Malick Lamotte prononcera au nom du peuple les résultats de son intime conviction (quel que soit le verdict), ainsi que celle de ses assesseurs, il rentrera plus que jamais dans l’histoire judiciaire de notre pays, d’une manière ou d’une autre. Souhaitons que ce soit par la grande porte !

Pape NDIAYE