[Femme dans l’Armée] Bineta Ndiaye, une toubib lieutenant-colonel pas mâle du tout !

Même si les trucs mondains n’ont jamais été sa tasse de thé, la toubib et spécialiste des hôpitaux des armées en hépato-gastro entérologie est du genre coquette avec une coupe petite-tête. Comme toute femme de son temps. Il n’empêche qu’elle reste très attachée aux principes sacro-saints. Et dirige le Centre d’exploration fonctionnelle avec toute la poigne qui sied sans jamais se faire marcher sur les pieds par les hommes qu’elle a la charge de diriger. Profil.

« Je suis médecin lieutenant-colonel Bineta Ndiaye, spécialiste des hôpitaux des armées en hépato-gastro entérologie. Et je sers actuellement à l’hôpital Principal de Dakar où je suis le chef de service du Centre d’exploration fonctionnelle. Après ma sortie en 1998 de l’Ecole militaire de santé, j’ai été affectée au Bataillon des blindés à Thiès où j’étais le médecin adjoint du centre médical de la Base de Thiès. J’ai eu aussi à faire des remplacements au centre médical de garnison de la Marine et à celui du bataillon des parachutistes avant d’être nommée médecin chef de la Base de Ouakam. Donc, à un moment donné, j’étais le médecin chef de l’air et du Bataillon de l’artillerie et du Bataillon du train. En 2002, j’ai fait le concours d’assistanat des armées. Ce qui m’a permis d’intégrer l’hôpital Principal de Dakar où j’ai servi dans les différents services : assistanat, pavillon Boufflers qui était le service de médecine interne et hépato-gastro entérologie, au pavillon Jamot C qui est le pavillon M. Sané qui était également le service de pneumologie et de médecine interne.

J’ai également été au service Pelletier en cardiologie et ai servi à la clinique Breviet. Quand on est en assistanat, on fait des passages dans les différents services médicaux de l’hôpital. Et en 2010, j’ai fait le certificat de spécialité des hôpitaux des armées. Etre femme médecin militaire, ce n’était pas difficile pour moi. Nous sommes des médecins militaires et c’est un peu différent des autres médecins. Puisque l’on subit, parallèlement aux études classiques de la médecine, une formation militaire. Et j’avoue qu’au début, ce n’était pas une vocation mais je m’y sens très bien. Finalement, j’ai pris goût. Tout métier est stressant. Quand on fait la médecine, on ne s’habitue jamais à la mort d’un patient. Surtout lorsqu’il s’agit d’une personne que l’on connait depuis longtemps. Parfois, il nous arrive d’avoir des patients avec qui on a fini de se familiariser parce qu’on les suit depuis plusieurs années. Et lorsqu’ils décèdent, cela fait un peu mal».

L’influence de la famille

«Elle a très bien accueilli le fait que je veuille être un médecin militaire. Il n’y a pas eu de résistances. Vous savez, le souci pour les parents, ce sont les questions du genre : « qu’est-ce que ma fille ou mon fils a envie de faire après le baccalauréat ? » Et le fait d’aller à l’école militaire de santé, c’était une garantie d’emploi à la sortie de l’école.»

«Je suis un produit du lycée Van Vollenhoven, actuel lycée Lamine Guèye qui se situe à quelques jets du camp Dial Diop. C’est ce qui a influé d’ailleurs dans ma carrière de médecine militaire. Comme presque tous les élèves en classe de terminale, j’ai fait le concours d’entrée à l’école de santé militaire. Dans mon cas, c’était plutôt un entrainement pour le baccalauréat. Et dans ma promotion à l’école de santé militaire, nous étions trois filles, le médecin colonel Tabara Sylla Diallo, qui est le chef du service de la psychiatrie, Dr Penda Dieng, qui n’a malheureusement pas terminé dans l’armée mais qui est restée médecin et moi-même. Dans ma famille, il n’y a pratiquement pas de médecin, puisque ma mère était professeur d’histoire-géographie au lycée Van Vollenhoven, tandis que mon père était le directeur administratif et financier d’une société de la place. Mais j’ai un oncle qui est médecin professeur en dermatologie, Assane Kane. Mon petit frère est un officier supérieur de l’armée, il est un produit du Prytanée militaire.»

«Je ne suis pas aussi jeune que vous le pensez puisque j’aurai bientôt 50 ans (je suis née le 21 décembre 1968 à Dakar). En dehors de la médecine, je suis mariée et mère d’un garçon de trois ans. Je me suis mariée un peu tardivement, en avril 2013. Et j’essaie de mener à bien mon rôle de mère de famille. Ce, même s’il m’arrive parfois de partir lorsque mon fils dort et de revenir tard au moment où il est endormi. Mais, j’essaie de combler ce gap avec mes heures libres. Ce qui fait que les trucs mondains du genre « xawaré » (folklore) entre femmes ne m’ont jamais intéressée. Même avant d’être médecin militaire».

Parité

«Moi, je suis pour l’équité au lieu de la parité qui nous dessert plutôt. Si une femme est là et qu’elle remplit les critères, qu’on lui donne le poste ! Ce, au lieu de faire dans la discrimination positive. Parce que si on met une femme à un poste bien donné pour la bonne et simple raison que c’est une femme, ce sera une mauvaise publicité pour elle dans le cas où elle échouerait».

Les femmes dans l’Armée 

«Au début, je n’étais pas trop pour la généralisation de la féminisation dans l’armée. Parce qu’il faut des préalables. Il faut d’abord qu’il y ait des statuts. Que l’on sache qui est qui. Puisque, malheureusement, l’homme est très différent de la femme. Nous n’avons pas la même morphologie. Pour ce qui est de la médecine militaire, on est des officiers. C’est plus ou moins un autre niveau qui fait que certaines choses risquent de ne pas arriver. Mais quand on met des soldats, des sous-officiers ensemble, cela peut poser problème. Mais fort heureusement, ça se passe bien pour le moment.»

Propos recueillis par Maguette SEYE