Arrêt des grèves dans l’éducation : Les enseignants opposent un refus poli au Khalife des Tidianes

La décrispation de la crise qui secoue le secteur éducatif public ne semble pas imminente. En effet, malgré l’effort financier consenti par le président de la République en faisant passer l’indemnité de logement des enseignants de 60.000 à 85.000 francs (soit 25.000 francs d’augmentation), les grévistes semblent camper sur leurs positions. Certes c’est la base, qui sera consultée à partir d’aujourd’hui après les vacances du Pâques, qui va décider mais les signaux avant-coureurs ne présagent pas d’une issue rapide à la crise. A preuve, la médiation entreprise le weekend par le khalife général des Tidianes, Serigne Mbaye Sy Mansour s’est heurtée à une fin de non-recevoir polie de la part des enseignants. Lesquels lui ont promis d’en référer à la base. Une manière polie de dire non à l’autorité religieuse.

Durant la rencontre qui s’est tenue dimanche 08 avril, plusieurs observateurs ont déploré l’attitude adoptée par le ‘’Groupe des six syndicats’’ les plus représentatifs du secteur de l’Education, à savoir le Snelas/Fc, le Saemss, le Cusems, l’Uden, le Sels/A et le Sels. Une attitude consistant à refuser d’être reçu par le Khalife général des Tidianes en même temps que la Fédération des enseignants du Sénégal (Feder) et l’Intercadre, conduits respectivement par Dame Ndoye et Amadou Diaouné. Une attitude qui, selon ces mêmes observateurs, « démontre à suffisance que les enseignants constituent le corps le plus divisé du Sénégal ».

Cette exigence du groupe rival a d’ailleurs été fustigée par Amadou Bamba Ndoye, secrétaire général national adjoint du Sels (Syndicat des enseignants libres du Séné- gal) originel. Selon le syndicaliste, « il aurait fallu, dans le cadre des concertations, regrouper l’ensemble des syndicats. Mais aujourd’hui le “Groupe des 6”, conduit par Abdoulaye Ndoye, a jugé devoir aller seul pour discuter avec le marabout. Après seulement, ce sera aux tours de la Feder et de l’Intercadre. Nous concédons cela à ces camarades ».

Mais, estime-t-il, « rencontrer l’ensemble des syndicats aurait été l’idéal, parce qu’aujourd’hui l’école souffre et aucun syndicat ne peut suspendre le mot d’ordre à lui seul. Il faut que les gens et l’État en soient conscients. Donc nous, nous leur (au G6 Ndlr) laissons la place pour, après, entrer discuter avec le marabout tout en sachant qu’une issue heureuse à cette crise ne peut être que la synergie de toutes les forces, à chacun donc d’assumer ses responsabilités » veut se convaincre le secrétaire général national adjoint du Sels.

Rendre compte à la base

Quant aux enseignants membres du G6, à l’issue de leur audience, ils ont exprimé leur satisfaction d’avoir eu l’honneur d’être reçus par le Khalife général des Tidianes. Ils ont salué la tenue de cette rencontre qui intervient dans un contexte très particulier, celui de la crise scolaire.

Sawrou Sène, secrétaire général national du Syndicat autonome des enseignants du moyen-secondaire du Sénégal (Saemss) a rappelé que le Khalife avait, après la ‘’ziara’’ la semaine dernière des enseignants tidianes, « souhaité rencontrer les organisations syndicales pour avoir le maximum d’informations liées à la situation de la crise. Comme tous les Sénégalais, nous avons répondu promptement à l’appel du Khalife pour cette dite rencontre, à l’occasion de laquelle nous avons partagé avec lui nos préoccupations, à savoir ce que le gouvernement a fait et ce que nous attendons de l’Etat. Serigne Mbaye Sy Mansour nous avait demandé d’aller dans le sens de suspendre ou même de lever le mot d’ordre de grève, le temps de lui permettre d’échanger avec le gouvernement. Nous lui avons dit, avec beaucoup de discipline et de déférence, que ce mot d’ordre-là, il ne nous appartenait pas, nous, à partir de la capitale de la Tidiania, de le suspendre ou de le lever. Pour la bonne et simple raison que pendant la rencontre avec le Chef de l’Etat, pendant que lui-même souhaitait nous rencontrer, nous n’avions pas encore partagé avec nos bases ».

M. Sène rappelle d’ailleurs que samedi 07 avril, pour le compte du Saems, « nous nous sommes réunis en commission administrative pour partager le procès-verbal qui a sanctionné les travaux avec nos responsables départementaux. Et c’est à partir des assemblées générales du mercredi prochain, que tous ces responsables partageront avec les bases ».

D’après Saourou Sène, donc, « les gens doivent comprendre que nous étions et sommes encore dans une situation qui ne nous permet pas de pouvoir parler au nom des enseignants alors que ces derniers n’ont pas encore pris connaissance de la quintessence du document qui a été retenu à l’issue des travaux avec le
gouvernement ». Selon le patron du Saems, « c’est ce que nous avons aussi dit au Khalife et il l’a très bien compris. Il a compris que nous n’étions que des envoyés. Il pensait que nous avions déjà partagé avec nos bases alors que cela n’a pas encore été fait parce que nous sommes encore en vacances, lesquelles se terminent dimanche 08 avril à 00heure ».

«Non-respect des engagements de l’Etat »

Dans tous les cas, Saourou Sène et ses cama- rades du G6 se sont beaucoup réjouis de la dé- marche de Serigne Mbaye Sy Mansour. D’ailleurs, le khalife général des Tidianes a souhaité qu’après avoir rendu compte à leurs bases, ces responsables syndicaux puissent en- core revenir à Tivaouane. « Nous le ferons, s’il plait au bon Dieu, et étant donné que les assemblées générales sont prévues à partir du mercredi, bien sûr, dans la semaine, nous aurons tous les éléments de procès-verbaux d’évaluation de nos bases et nous reviendrons », a promis M. Sawrou Sène.

Le saint homme de Tivaouane a donné aux enseignants l’assurance de faire toutes les démarches nécessaires auprès de l’Etat pour le respect des engagements pris. Pour rappel, le Khalife général des Tidianes, préoccupé par les développements de la crise scolaire, s’était offusqué, dimanche dernier, au cours de la 26e édition de la « ziarra » annuel du « Dahira » de la Fédération nationale des enseignants du Sénégal, de la « persistance du non-respect des engagements de l’Etat ».

Convaincu que le secteur de l’éducation concerne tout le Sénégal et que ses difficultés ne peuvent manquer d’affecter tous les autres secteurs de la vie nationale, Serigne Mbaye Sy Mansour avait donc décidé de s’impliquer afin de rapprocher les positions du gouvernement et des enseignants grévistes. Mieux, il avait convié les responsables des syndicats d’enseignants à une réunion à Tivaouane le dimanche 08 avril 2018. Une rencontre qui s’est terminée par la promesse des syndicats d’en référer à la base…

Cheikh CAMARA, correspondant à Thiès