Procès pour terrorisme présumé – Abdou Hakim Bao : « J’ai intégré Aqmi pour gagner de l’argent»

L’un des présumés terroristes comparaissant au procès de l’imam Alioune Badara Ndao, en l’occurrence Abdou Hakim Bao, a fait lui aussi de terrifiantes révélations. Il confirme avoir été dans le groupe des terroristes du Nord Mali pour, dit-il, gagner son pain.

Le moins que l’on puisse dire est que certains accusés du procès dit de l’imam Alioune Ndao ont été volubiles mercredi. Ce fut le cas, en particulier, de Abdou Hakim Mbacké Bao qui a fait de fracassantes révélations. Déclarant avoir 34 ans (il prétend être né le 6 février 1984 d’après un jugement supplétif), il aurait arrêté ses études en classe de terminale. Ne se gênant pas face au juge, il a été si bavard si bien que
l’un de ses avocats a cru que son client aurait des problèmes mentaux.

A sa prise de parole, Abdou avait l’air absent. Il répondait certes avec beaucoup d’aisance mais avec toute l’innocence d’un enfant et c’est tout normalement qu’il a manifesté sa surprise après lecture des chefs d’accusation à son encontre. « J’ai été surpris par le contenu de l’ordonnance de renvoi. Acte de terrorisme, association de malfaiteurs par menace en relation avec une entreprise, financement du terrorisme et blanchiment de capitaux », déclare-t-il d’emblée. Avant de révéler qu’il a fréquenté dans le passé un groupe de repris de justice. Relaxe, Abdou Hakim Bao confie avoir intégré le groupe des rebelles touaregs d’Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) pour gagner de l’argent.

« J’ai été arrêté au Burkina Faso. Nous étions dans un bus en provenance du Niger, lequel a été attaqué par des bandits. Je revenais du Nord du Mali où j’étais avec des malfaiteurs. J’ai réussi à m’échapper et j’ai pris le bus pour retourner au Sénégal. Mais, quand l’attaque a eu lieu, des gendarmes m’ont interpelé et m’ont conduit au poste. J’ai fréquenté des malfaiteurs en 2012. J’avais besoin d’argent parce que la commercialisation des produits ne marchait pas beaucoup. Un ami nommé Anass m’a conseillé de rejoindre le Nord du Mali en me disant qu’il me mettrait en contact avec ces gens qui pouvaient m’offrir de l’argent. Ces gens étaient membres de l’Aqmi », avoue-t-il sans gêne. A l’en croire, il ignorait au début ce qu’était le djihad et que c’est par le biais d’un Tunisien qu’il a su à quoi renvoyait ce mot.

Pas de participation à une tuerie ?

Sur son départ au Mali, il s’est expliqué en ces termes : « Je dois dire que je suis allé au Mali parce que je voulais y séjourner deux à trois mois pour avoir de l’argent. Je voulais juste un contact. Au départ, les gens de l’Aqmi me prenaient pour un espion. J’ai galéré au Nord du Mali. En partant dans ce pays, Saliou Ndiaye m’a offert 10.000 francs. C’est Saliou Ndiaye, un des co-accusés, qui m’a présenté Anass », révèle-t-il. Il rappelle au juge les exactions qu’il aurait subies à son entrée dans le groupe Aqmi. C’est comme si c’était le billet d’entrée dans ce réseau. « Au Mali, ils m’ont amené dans un camp d’entraînement. Ils m’ont dit que je devais suivre une formation pour le maniement des armes et l’étude du Coran. Quand ils ont fouillé mon sac, ils ont relevé une contradiction sur mon identité. Parce que le nom que j’avais déclaré et celui qui était sur mes papiers ne correspondaient pas. J’ai été témoin d’une attaque, mais je n’ai pas assisté à un quelconque combat contre l’armée malienne », explique-t-il en précisant n’avoir pas participé à une quelconque tuerie ou attaque du groupe.

Le procureur lui rappelle alors ses propos lors de l’instruction: « Devant le juge d’instruction, tu as indiqué avoir participé aux combats aux côtés des membres d’AQmi. Il y avait 4 groupes à Aqmi. Fourkham, Tarikh, Fourkao ». Il confirme les propos du procureur. « La première fois, quand je voulais sortir, le chef de Fourkhan m’a offert 3 billets de 500 euros. La deuxième fois, j’avais un problème avec eux et ils ne m’ont rien remis ». Comme une personne malade et formatée à cause de la formation subie, il continue ses révélations en se répétant et racontant des choses et leur contraire. « J’ai eu à surveiller des prisonniers pour le compte d’Aqmi. C’étaient des Occidentaux, un Hollandais, un Suédois, Sud-Africain. J’ai trouvé au Mali un Sénégalais nommé Abdourahmane. Je l’ai côtoyé pendant un an », dit-il.

Le procureur tente de lui faire dire le nom de ce Abdourahmane, il soutient ne connaitre que le prénom. Qu’est-ce que le djihad, lui demande le procureur ? « Le djihad n’est pas aimé par les gens. D’après certains, le djihad fait partie de l’Islam. C’est accidentellement que j’ai été au Mali », répond-il. Le procureur lui rappelle qu’à l’enquête, il avait dit que le djihad est une bonne chose et que maintenant, il est quitte avec sa conscience et sa religion : « Je l’ai fait et j’ai le sentiment du devoir accompli ». Bouche bée, regard absent et souriant comme un malade mental, il se contente de répondre : « Je regrette beaucoup».

« J’ai été entrainé sur l’utilisation de kalachnikov, lance-roquettes, grenades »

« Il a adopté un système de défense pour pousser le tribunal à le considérer comme quelqu’un qui ne jouit pas de toutes ses facultés ». Le juge, imperturbable, lui rappelle encore ses propos tenus plus haut. « J’ai rejoint Aqmi non pas pour le djihad mais pour de l’argent. Pourtant, il a déclaré que c’est parce qu’il est membre d’une confrérie qui pratique la Souna qu’il est parti au nord Mali pour faire le djihad ». Une contradiction relevée par le procureur.

Sur l’utilisation des armes, il confirme avoir appris à manier ces outils de guerre mais tout en précisant qu’il est un simple initié. « J’ai été entrainé à l’utilisation de kalachnikov, lance-roquettes, grenades. Ils ont récupéré des bombes de l’armée régulière et ils les disséquaient pour en faire d’autres utilisations. Je ne suis pas un professionnel pour faire exploser un bâtiment. J’ai été juste initié. Pour faire exploser un véhicule il faut du nitrate d’ammonium, du pétrole, du gazoil, de l’huile de moteur et un produit jaunâtre. C’est ce mélange qui est utilisé pour piéger les véhicules légers. Il y a aussi le TNT avec une petite quantité pour exploser les véhicules légers et une grande portion pour faire exploser les véhicules de combat des militaires. S’agissant des candidats au suicide, les kamikazes portent des gilets avec les poches remplis d’explosifs mélangés à ce produit jaunâtre », explique-t-il. Le juge lui demande automatiquement ceci : «Avez-vous l’intention d’expérimenter cela au Sénégal ? ». Il répond par la négative. Le juge d’y aller de son humour : « Svp, épargnez les voitures sénégalaises avec ces explosifs ».

« J’étais le numéro 2 de la section d’Aqmi, Fourkhan »

Par ailleurs, sur la rémunération qu’il recevait après ces attaques, il confie que les rebelles lui remettaient quelques billets de banque en Euro. « Je n’ai pas été témoin d’exécutions au Nord du Mali. On recevait parfois des sommes d’argent. J’ai participé à un combat des djihadistes contre l’armée malienne. Il y avait des morts. Je n’ai tué personne. Dans nos rangs, il y a eu des pertes en vies humaines. C’est par chance que je ne suis pas mort. J’étais un peu en retrait », avoue-t-il. Avant de révéler qu’il était le numéro deux du groupe Fourkhan. « J’ai été le numéro deux dans le camp d’entraînement et je formais des gens sur la kalachnikov, les grenades… J’ai formé une quarantaine de djihadistes. Il n’y avait pas de Sénégalais parmi les gens que je formais. C’est en arabe que je faisais la formation. Les otages ont fini par se convertir à l’Islam », dit-il alors qu’il prétendait pourtant ne pas comprendre la langue arabe.

S’agissant de l’imam Alioune Badara Ndao, il confirme l’avoir vu une fois avant de partir au Mali. « J’ai vu Imam Ndao une fois avant mon voyage au Mali. Nous n’avons pas de relation particulière. Je n’écoutais pas tellement ses prêches ». Et pourtant, rappelle le procureur, l’accusé avait soutenu que les prêches de l’imam l’ont renforcé dans sa décision d’aller au Nord Mali pour faire le djihad, dit Abdou Hakim. Encore une piste qui conduit vers le prêcheur Alioune Badara Ndao ! S’agissant de notre pays, il indique que son chef de section lui avait demandé une fois si on pouvait y trouver des armes. « Je lui ai dit peut-être. Ils m’ont donné de l’argent pour louer trois chambres dans trois localités différentes. C’était pour éviter qu’on m’arrête », conclut-il enfin. Il reconnait avoir subi des soins médicaux auprès d’un psychiatre à Dakar, plus précisément aux hôpitaux de Fann et Le Dantec.

Samba DIAMANKA