Procès pour terrorisme présumé : Les confessions troublantes de Coumba Niang, épouse du cerveau Matar Diokhané

Troisième jour du procès de l’imam Ndao et cie. Plus les interrogatoires des prévenus se poursuivent, plus le puzzle se recompose avec chaque jour son lot de révélations. La journée du mercredi n’a pas dérogé à cette règle. En effet si, jusque- là, dans la tête de la plupart de nos compatriotes le terrorisme avait un visage masculin, hier, c’est une jeune Sénégalaise qui s’est présentée devant le tribunal. Elle partage sa vie avec celui qui est considéré comme le cerveau de cette affaire de terrorisme qui agite le pays depuis 2015. Coumba Niang, l’épouse de Matar Diokhané, n’a pu éviter les questions du procureur qui a été pour le moins très tenace et dont l’obstination a fini par payer avec de fracassantes révélations faites par la dame qui confirme l’authenticité des documents trouvés chez elle, lesquels incitaient au terrorisme.

A travers le box des accusés, on se fait immédiatement une idée de la bonne pêche des enquêteurs. Ils sont 29 à comparaitre devant le juge pour de lourds chefs d’accusation qui portent essentiellement sur des actes de terrorisme. A 10 h déjà, la salle avait fini par faire le plein avec la présence de barbus et autres voilées qui avaient investi les lieux pour apporter leur soutien à leurs « mboks » (parents, terme utilisés durant le procès). Durant la journée d’hier, des faits nouveaux ont été confirmés par l’épouse de Matar Diokhané, le cerveau présumé du réseau. Face à l’insistance du procureur Aly Ciré Ndiaye à démêler l’écheveau, Mme Coumba Niang, la femme de Matar Diokhané, a fini par lâcher le morceau en confirmant la présence de documents chez elle.

En effet les enquêteurs avaient réussi à trouver chez l’épouse du supposé cerveau de cette entreprise terroriste les document suivants : « La légitimation des exécutions des femmes de tout musulman qui refuserait les actions terroristes », un manuel sur « Les stratégies d’infiltration et de dissimulation des forces de défense et de sécurité », « Les retours d’expérience sur les techniques pratiquées en Afghanistan », « Incitation à la falsification de la monnaie et au vol de l’armée », « manuel à l’usage du djihadistes, des techniques de rapts, d’enlèvement, d’assassinats en plus de manuels sur les techniques de combat contre un Etat kuffar » (Etat Kafr ou qui ne croit en rien). Bref pour les non-initiés, il s’agissait de procédés pour renverser un Etat ou lui imposer une guerre par des actes terroristes.

Coumba Niang revient sur son arrestation

Devant le juge, Coumba Niang, 34 ans, s’est présentée comme une femme sans enfant. Elle a d’abord expliqué au juge son manque d’instruction en français en soulignant qu’elle détenait juste le Certificat de fin d’études élémentaires. Cependant, elle confie avoir fait des études en arabe sanctionnées par le brevet d’études secondaires. Avant de démarrer ses questions, le juge lui rappelle les lourdes charges qui pèsent sur elle. Coumba Niang acquiesce de la tête et le juge démarre son interrogatoire. Sur son arrestation, l’accusée indique avoir été arrêtée par les forces de l’ordre vers 4 heures du matin après avoir entendu du bruit qui provenait de l’extérieur de son domicile à la Cité Diokhoul.

Cependant, avant qu’elle n’habite dans cette cité, elle vivait à un moment donné à la Cité Asecna. En 2012, elle vivait à Thiaroye avant de quitter cette zone pour la Cité Gadaye. A ce moment-là, parce qu’elle avait perdu sa carte d’identité, elle n’avait pu rejoindre son mari qui vivait en Mauritanie. Seule sa coépouse a pu se rendre chez nos voisins du Nord. Mme Coumba Niang souligne que la perte de sa carte d’identité, elle l’avait signalée à la police et même dans une radio. Sur les voyages de son mari, elle a d’abord évoqué son voyage avorté en direction de la Turquie. Après ce voyage avorté, son mari est parti au Niger.

Les rencontres entre imam Ndao et les autres accusés

Question du juge : « Pendant 8 mois, vous ne saviez pas où se trouvait votre mari, Matar Diokhané ? » Réponse de l’accusée : « Non ! On se parlait au téléphone. Il m’a appelée à partir d’un numéro du Niger. Les autres fois, il n’arrivait pas à me joindre », prétend-elle. Elle révèle que son mari enseignait le Coran à des enfants avant de l’informer plus tard de son retour.

Fatiguée par les questions du juge, tenant à peine sur ses pieds, elle confirme l’importante somme d’argent remise par son mari et qu’elle gardait par devers elle. Selon elle, il s’agissait de coupures de 500 euros mais elle ignorait le montant exacte…

Le juge l’accule avec des questions orientées sur l’implication de l’imam Ndao et cie. Elle soutient alors avoir remis les billets d’euros à une certaine voisine du nom de Marième Sow dès lors que son mari lui avait conseillé de garder l’argent en lieu sûr. C’est ainsi qu’elle a choisi de confier l’argent à sa voisine qui se trouve être la fille de sa mère adoptive. « Savais-tu la provenance de cet argent que ton mari t’avais remis ? », lui demande le juge. Elle répond qu’elle ignorait la provenance de l’argent, précisant que son mari lui avait juste dit que l’argent était destiné à la construction de leur maison et d’un daara. Ce dernier lui avait également fait savoir qu’ils sont un groupe qui devait se partager l’argent. De ce fait, elle dit avoir récupéré l’argent des mains de sa voisine Marième Sow. « J’ai récupéré l’argent pour le remettre à Matar », dit-elle.

Interrogée sur le pays où son mari séjournait, elle soutient ne plus s’en rappeler. Quelques instants plus tard, elle retrouva la mémoire pour dire qu’il s’agissait du Niger. Elle soutient également qu’elle a su l’arrestation de son mari dans un véhicule. « On était dans une voiture. Quelqu’un m’a appelée pour me dire que mon époux a été appréhendé au Niger. Cette personne pensait que c’était avec la maman de mon époux qu’elle discutait. Je lui ai dit qu’il parlait à sa femme ». Question du procureur : « Comment avez-vous su que l’appel provenait du Niger ? ». Elle répond : « Je reconnais l’indicatif de ce pays ». Automatiquement, le juge lui demande de lui rappeler l’indicatif. Elle se tait… Le juge passe la parole au tenace procureur Aly Ciré Ndiaye. Sur le cas de Ibrahima Diallo, un des coaccusés qui répond au surnom de Abou Oumar, elle soutient qu’elle ne l’entendait qu’au téléphone au début avant de lui remettre une partie de l’argent.

Les transactions entre les coaccusés se faisaient par Wari et les discussions par Télégram

Elle souligne aussi avoir remis de l’argent à un certain Aboubacar Guèye. « Donc, vous détenez par devers vous beaucoup d’argent ? ». Le procureur lui demande par quel moyen ou application elle discutait avec les membres du réseau et faisait les transactions pour percevoir de l’argent. Elle parle de la téléphonie mobile Orange. Avant de cracher le morceau sous l’insistance du procureur.

« Nous discutions par Télégram » (Ndlr, une application prisée des terroristes du fait qu’il serait impossible d’intercepter les communications). « Mon mari a installé plusieurs applications sur mon téléphone dont, par la suite, Télégram. Depuis lors, on causait par Télégram », informe Coumba Niang.

« Avez-vous demandé à votre mari pourquoi il utilise Télégram ? ». Elle répond par la négative et dit qu’elle pensait que son époux manquait de crédit. L’accusée a aussi parlé de ses visites chez imam Alioune Badara Ndao. « Le jour de son arrestation, j’étais avec Amy (Ndlr, sa coépouse). J’étais venue rendre visite à une amie qui se nomme Rama Ba à Kaolack et qui se faisait soigner chez l’imam Ndao. Ce jour-là, on n’avait pas trouvé imam Ndao sur place. C’est le surlendemain qu’on a pu le voir », dit-elle. Après l’arrestation de son mari, elle dit avoir voulu partir le voir au Niger mais imam Ndao l’en a dissuadée. « Ce n’est pas sûr d’y aller », lui aurait-il dit.

Toujours dans ses explications confuses, Coumba Niang souligne qu’elle n’avait pas pu partir à cause de la perte de sa carte d’identité. Pour libérer son mari, un homme qui se dit avocat, l’a appelée pour qu’elle paie 200 mille FCfa. Ce qu’elle a fait en deux tranches, en remettant 100 mille FCfa pour chaque transaction. Elle explique avoir remis 15 millions FCfa à Ibrahima Diallo sur l’insistance de ce dernier. « J’ai remis 27 coupures de 500 euros à Ibrahima Diallo. Il m’a demandé d’ajouter 24 autres. En tout cas, la somme totale s’élevait à 15 millions », explique-t-elle.

Malgré tout, elle gardait d’autres billets par devers elle. Elle souligne avoir remis d’importantes sommes à des personnes dont Alioune Guèye entre autres qui ont bénéficié de cette manne financière. Face à l’insistance du procureur, elle finit par lui avouer tout le circuit de ses transactions. En fait, elle utilisait le réseau de transfert « Wari ». Des révélations qui valent leur pesant d’or pour la suite du procès qui se poursuit.

Samba DIAMANKA