Pénurie de pilotes maritimes au Sénégal

Le déficit en pilotes maritimes est énorme au Sénégal. Sur tout le territoire national, il n’y aurait que quatorze pilotes actifs. Mieux ou pire, c’est selon, il n’y a au Sénégal aucune école pour former des pilotes maritimes.

Dans le cadre du 24ème Congrès de l’Association internationale des pilotes maritimes, celle des pilotes maritimes du Port autonome de Dakar a tenu hier une conférence de presse pour partager avec les journalistes les raisons de leur conclave. Selon le commandant Cherif Mamadou Lamine Diop, par ailleurs secrétaire général adjoint de l’Association des pilotes maritimes du Port autonome de Dakar, le métier de pilote maritime est extrêmement sélectif.

« Notre association compte 20 pilotes. Cependant nous sommes 14 pilotes actifs en station de pilotage. C’est un métier extrêmement sélectif. Il faut faire partie d’une élite pour intégrer le corps des pilotes. Parce que tout simplement, il existe un seul terminal à conteneur au Sénégal. Notre devoir, c’est de le protéger et on ne peut pas se permettre de prendre quelqu’un qui n’a pas les capacités de le faire. En étant sélectif évidemment, parce que c’est un métier qui ne peut être exercé que par une poignée d’individus», a-t-il indiqué, qui a déjà trouvé le moyen d’attirer les jeunes vers ce métier.

«Maintenant, l’objectif c’est de rendre attractive la station de pilotage. Le problème est donc dans l’attractivité. Les métiers du transport maritime en général sont des métiers dont le niveau de rémunération est assez élevé. Donc, quelqu’un qui est un meilleur, s’il gagne plus, préférera rester meilleur. Maintenant, comment faire pour que les jeunes qui sont meilleurs viennent intégrer la station de pilotage ? Avec le risque même de venir et de ne pas intégrer parce que, encore une fois, c’est sur concours. On prend les meilleurs. Ça, c’est le problème non seulement des pilotes mais de la direction générale des ports et de l’Etat. Parce qu’il faut comprendre que c’est un service qui est fondamental pour les ports. Les assurances ne laisseront pas leurs navires entrer sans pilote. C’est crucial pour nous tous. Ce n’est pas seulement pour nous les pilotes. C’est pour l’ensemble des Sénégalais », explique le commandant Cherif Mamadou Lamine Diop, secrétaire général adjoint de l’association des pilotes maritimes du Port autonome de Dakar.

Le commandant Cherif Mamadou Lamine Diop invite à s’inspirer du fonctionnement des stations européennes même s’il admet que «nous ne sommes pas en Europe. Nous en sommes bien conscients. Le Sénégal est ce qu’il est. Le Sénégal fait avec ses moyens». Il ajoute que le Sénégal doit faire mieux car les pilotes ont un métier extrêmement difficile. «Parce que si on fait un accident, les conséquences seront désastreuses à la fois pour l’économie, l’environnement, etc. Donc, la première étape, c’est de tout faire pour rendre nos stations attractives notamment au niveau des rémunérations, de la prise en charge des formations, au niveau des avantages qu’on offre au pilote, etc. »

Pas d’école au Sénégal pour former des pilotes maritimes

De son côté, le commandant Oumar Diamé, président de l’association africaine des pilotes maritimes, confie qu’ « on a fait un examen sur le plan national pour recruter 10 personnes pour la formation, déjà la formation n’existe pas au Sénégal. » Et M. Diamé de révéler : « Et sur les 10 recrutés, il n’y a qu’un qui venait d’avoir son Bac. Tout le reste était en maitrise, licence en mathématique, sciences physiques ou autres. Il n’y a que ceux- là qui ont été sélectionnés en 1998. Partis à l’étranger pour la formation théorie, parce qu’il y a une partie formation pratique, il fallait leur trouver des navires pour la pratique, la plupart d’entre eux n’ont commencé à travailler qu’entre 2012 et 2013. Ca a pris entre 13 et 14 ans. Aujourd’hui, on est presque vieux, on a pensé encore à la relève. Cette année encore, il y a une deuxième vague qui a été sélectionnée et qui est partie mais elle ne pourra pas accéder à la station qu’en 2029, comme élèves. Là, ils feront une formation d’un à deux ans sur le plan local, faire un examen. S’ils réussissent, ils commenceront comme aspirant pilote. Ils ne sont même pas encore des pilotes. Ils commencent avec de tout petits navires et au fur et à mesure ils pourront devenir de vrais pilotes et prendre tout type de navire. Cela veut dire que c’est extrêmement long et extrêmement compliqué et nous ne sommes pas payés comme nos collègues occidentaux qui sont eux autonomes. »

Bassirou DIENG