CULTURE | Le train du HMI à vive allure sur la voie de l’indécence

« Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique « , disait Platon. Suite à l’apparition de l’internet au début des années 90,  les productions musicales deviennent beaucoup plus accessibles. En Haïti, on assiste à la publication d’une manière  exponentielle des chansons très  pauvres en qualités, au niveau du texte  et dénigrants également, tournant en boucle sur les plateformes en ligne auxquelles les gens ont accès en un clic. Ainsi,  dans le but de satisfaire son  instinct de  plaisir, le public haïtien les consomme. Des promoteurs, en vue d’acquérir beaucoup plus d’argent, affichent ces artistes du facile : c’est la ruée vers  les night clubs !

La femme-objet dans la production musicale en Haïti

L’arrivée de l’internet apporte son lot de bonheur, tout comme cet outil, œuvre de la troisième révolution industrielle, apporte son lot de chagrin. Ce constat est fait en Haïti comme dans tant d’autres pays. Un fait est certain. Haïti est un pays où  les discours machistes roulent sur les lèvres de plus d’un et,  très souvent,  sans s’en rendre compte. Le public devient  beaucoup plus vulnérable face aux produits issus de « l’Industrie Musicale Haïtienne » (HMI). Déjà machiste,  la société  haïtienne consomme tous les jours des œuvres provenant de cette industrie qui continuent  de véhiculer des discours stéréotypés sur  la femme. Regardons dans le dernier texte de l’artiste Roody Roodboy, titré « mimi miaw ». En effet, dans ce texte, le rappeur voit la femme comme objet d’échange sexuel.  Il donne de l’argent à une fille, en retour, il attend  que celle-ci  lui offre du sexe.  Ayant refusé de lui donner du sexe, la jeune femme  est qualifiée par l’artiste de « mimi miaw », ce qui signifie voleuse. À part Roody Roodboy comme rappeur qui fait l’apologie  de cette forme d’échange, il y a également des artistes rabòday, genre musical haïtien très consommé par les masses populaires. Cette tendance musicale, la plupart du temps, prône ce genre d’échange. Considérons le texte de « fè Wana mache » de Mosanto repris par Tony Mix  en 2016, l’un des DisckJocker les plus populaires du pays actuellement. La chanson fè Wana mache décrit la situation d’une  jeune femme qui doit faire l’amour avec des hommes qui lui donnent de la nourriture pour survivre.

 «Depi l manje pen a manba w, fè l mache. Depi manmzèl fin bwè towo w, fè l mache ! ». Ici, dans ce texte, l’apologie de cet échange économico-sexuel est très remarquée.

Des animateurs complices

En dépit de la négation des valeurs artistiques remarquée dans la production musicale de ces « artistes », des animateurs, très écoutés, que ce soit dans la diaspora haïtienne ou en Haïti, font la promotion de  leurs morceaux. C’est le cas de Carel Pèdre,  animateur de radio  très prisé dans le secteur culturel haïtien. 27 juillet 2018, l’ancien présentateur du show  Digicel Stars, a invité Polky* à participer à son émission « the mornin  show », à la suite de la sortie de son  morceau intitulé «  JE T’EUM». Par ailleurs, l’apparition de «  se renmen m renmen w », en mai 2018, de Blondedy Ferdinand, actrice du cinéma haïtien qui se convertit en « chanteuse », ne cesse de provoquer des commentaires. S’il est très évident que Blondedy est très  médiocre comme chanteuse (vindicte populaire), mais, cela n’empêche pas qu’elle soit invitée à ce titre à participer  à certaines émissions très écoutées tant  en Haïti que dans la diaspora haïtienne. 12 février 2020, Blondedy était l’invitée de Guy Wewe, une émission présentée par l’animateur pour parler de sa carrière «artistique en tant que chanteuse » 

Des artistes et des groupes  victimes d’exploitation  et de boycottage

Des  artistes et des groupes sont exploités et boycottés systématiquement. C’est le cas du groupe zenglen. Dans son morceau intitulé BS Production, sorti en 2003, la bande à Brutus dénonce certains promoteurs qui affichent des groupes et artistes dans les bals alors que ces derniers n’ont paraphé aucun contrat avec eux. « Senou k toujou sibi ! Pwomotè sispann fè nou abi ! » . Il n’y a pas que Zenglen qui soit victime d’exploitation ou de boycottage  dans le milieu. Lors du concours « Digicel Stars », le public a pu faire connaissance d’un talent : Shouloute Minouche. Son  talent s’était révélé  incontestable, lors de ses différentes performances. Aujourd’hui, elle reste encore dans l’anonymat. Darline Desca, une artiste qui s’alignait  dans les rangs de Roosevelt Saillant dit BIC, Belo, Jean Jean Roosevelt, s’est vu convertir dans la facilité artistique, parce que les promoteurs  ne l’affichent pas dans leurs activités  culturelles.

Zen, nouvelle manière d’attirer le public

« Zen » est le nouveau mot qu’il faut utiliser pour mieux comprendre comment les artistes et les animateurs haïtiens  arrivent  à attirer l’attention du public. Pas un seul jour sans qu’on entende l’éclatement d’une querelle, soit entre les animateurs, entre les artistes, etc.  Le public donc,  curieux de savoir  ce qui se passe, se laisse prendre dans ces affaires, jusqu’à devenir fanatique de l’un ou de l’autre. Pour lancer leur carrière, rappelons-le, Blondedy Ferdinand et Florence El Luche se lançaient dans une polémique à une seule fin : attirer l’attention du public, pour leur popularité. Pour preuve, en moins de deux ans, elles récoltent à eux deux plus d’un million cinq cent mille de followers sur instagram.

La musique constitue le miroir fidèle d’un peuple, au sens de Platon. Ici en Haïti, en écoutant certaines musiques, malheureusement les plus populaires, on peut se faire une idée du niveau d’éducation de la population. À chaque coin de rue, sur les stations de radio et de télévision, dans les « grandes » émissions et  dans les programmes Dj, presque partout,  on écoute des contenus dénigrants dépouillés de toute effort pour atteindre l’excellence et très pauvres du point de vue de leur texte. Malgré tout, ce sont des chansons qui cartonnent. Les « artistes » privés d’art récoltent des millions de vue sur les réseaux sociaux. Les promoteurs les affichent par-ci par-là. Atis pran tèt nou tande , se modèl nou ye ! Kisa n ap kite ? Chante Roosevelt Saillant dans l’un de ses morceaux, afin de sensibiliser les artistes sur la nécessité d’agir dans l’intérêt de la communauté à laquelle ils appartiennent. Jusqu’à quand d’une véritable  réforme au sein du secteur musical  haïtien ?

Wilder SYLVAIN

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