ECONOMIE | Quand les hommes d’affaires haïtiens sont en panne idées

Haïti, pays essentiellement agricole, jusque-là n’a jamais su opérer un changement dans les conditions de vie de sa population. Des années passent, des gouvernements se succèdent, mais l’idée du changement reste toujours une quête, alors que les hommes d’affaires haïtiens, ne jurent que par l’importation.

Selon l’économiste Suédois Adam Smith, une société purement agricole est assez loin de ce que nous appelons développement, si on comprend bien la théorie de développement élaborée par ce génie, ce n’est que le premier pas dans une longue marche de 5 étapes vers la toute dernière, l’ère de la consommation.

Les grandes idées, sont propres aux génies, qui dit le contraire? Peut-on considérer que ce pays est dépourvu de génies. Ou alors les hommes capables de penser seraient-ils dépourvus de moyens ?

Modernisation des entreprises publiques, vraie beurre pour les commerçants

On ne saurait parler d’économie d’Haïti durant ces dernières années sans mentionner le nom de René Préval, (1996-2001/ 2006-2011). C’est le fameux instigateur de la libéralisation du marché haïtien, offrant des privilèges, sans études ni approches économiques fondées à ses amis. Haïti a alors livré ses institutions à un groupuscule hommes d’affaires, sans idées innovatrices et constructives. Sous le fallacieux prétexte que l’aide extérieur et du secteur privé sont irréfutables pour le développement du pays, la Téléco, Aciérie d’Haïti et tant d’autres, sont passées sous la machine de la libéralisation, grandement inopportune pour le pays, un État qui a fait le mauvais choix de garder ses institutions budgétivores; (près d’une vingtaine de ministères) et d’enrichir illicitement ses hommes d’Etat, ce qui fait que les secteurs clés sont en grandes difficultés financières pour mener des grandes infrastructures. Le budget de la santé, à titre d’exemple a fait une chute libre, passant de 16,6% en 2004 à 4,3% en 2018. L’éducation et la justice n’étaient pas exemptés non plus.

Le marché haïtien n’encourage pas la concurrence

Dans un pays en développement, la concurrence entre deux compagnies œuvrant dans le même secteur est souvent profitable aux consommateurs. Si l’anormale devient règle, ce secteur aussi paie les frais.

Un parlementaire du département de l’Artibonite qui est à la fois un grand commerçant, reçoit des tonnes de fer et se vante de ses relations pour ne pas payer la facture douanière. Comment pourrais-je vendre le fer, quand ce concurrent est exonéré de taxe? Demande ce commerçant d’une voix pleine d’impuissance. Alors le marché haïtien n’a pas de concurrence, la course est totalement arbitraire et déloyale.

C’est la norme, puisque la contrebande, le marché noir, et les franchises douanières sans contrôle dominent un État vivant de corruption, avec une bourgeoisie en panne d’idées productrices.

Une entrepreneuriat Politique

2/5 de la population haïtienne vit de l’agriculture avec des pratiques et des outils rudimentaires. L’industrie est le secteur le moins rentable, avec seulement 12%, ce qui constitue la source d’investissement la plus fiable est finalement la politique. Sur les 27.750 km2 de ce pays, le sens propre du mot politique est inscrit dans le vocabulaire du diable. Pour tout espérer, à savoir le droit à la santé, à la sécurité, au loger décemment, et à la capacité du citoyen de s’offrir une voiture neuve, il faut nécessairement passer par la politique : route obligée… voie irréfutable.

Presque 60% des ventes de voitures des concessionnaires d’automobiles en Haïti sont conclus avec l’état haïtien ou une organisation internationale. Faire carrière dans l’administration publique est synonyme de richesse colossale, avec des comptes en banque mirobolants. Puisque l’agriculture, l’industrie et le commerce nécessitent de profondes réflexions, ces routes sont déconseillées en Haïti.

Les jeunes n’ont qu’une solution la diaspo-prostitution. Avec moins de 900$ comme PIB/ habitant, les investissements sont minimaux. Ce qui entraîne une corruption généralisée. Avec plus de 10 milliards de dollars américains volatilisés, (Petrocaribe, CIRH), innombrables d’idées d’affaire sont aussi parties en fumées parallèlement avec ces 2 enveloppes venues de l’international et galvaudé avec leur complicité.

La Diaspo-Prostitution

Les transferts de la diaspora représentent 34% du PIB, pas besoin de faire étalage de cette importance! Dans un pays sous-développé avec une population majoritairement jeune, comptant légèrement plus de filles, l’argent et le sexe arrivent à faire bon ménage des fois, et on l’appelle prostitution. Après le regrettable séisme du 12 janvier 2010 jusqu’au mois de mars 2019, plus de 20 milliards de dollars de la diaspora haïtienne ont été injectés dans l’économie. Tristement, les jeunes n’ont pas eu le choix entre photos sexy et soirées orgiaques : l’avenir de ce pays nage dans le désespoir. Le constat de la pauvreté extrême est souvent la bivalence de la richesse excessivement mal acquise. En panne d’idées, le vol, la corruption, la contrebande sont les véritables relais d’une classe politique pleine de bouffons et de saltimbanques qui protègent une bande de commerçants racistes et sans inspiration.

Sonlay CHERISIER

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