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EDITORIAL | L’errance des morts-vivants

Entre la résignation, la peur et la frustration, le peuple  se livre à  lui-même, ne sachant  à quel saint s’adresser.

Ces derniers jours, le train de la mort déraille complètement où le peuple haïtien dérive sans repère dans la vallée de la mort. Avant, la population redoutait la rue, certains quartiers réputés zones rouges, ou éviter des activités nocturnes afin de préserver un peu de confort sécuritaire domestique. Mais ces derniers temps, l’insécurité s’invite dans les maisons, au pas des portes, dans les chambres à coucher et même dans les relations intimes.

Monferrier Dorval a eu sa visite chez lui, dans un quartier résidentiel et présidentiel, Grégory Saint-Hilaire dans l’enceinte de l’Université, un espace qui devrait être inviolable, un refuge sûr. Evelyne Sincère a reçu sa part de son plus intime partenaire. Aujourd’hui la mort est une danse, un refrain, un verbe, que chacun chante, danse et conjuguent à sa manière, sans savoir quand va finalement s’arrêter la musique.

Les mois passés, la Police Nationale d’Haïti a lancé la fameuse opération « Terminator ». Fantaisiste, insolite, prévisible et cosmétique. Mais ayant pour mission de démanteler des gangs armés qui ne font pas dans la dentelle quand il s’agit de terroriser la population. Résultat : les actes de violence s’intensifient. Et c’est pour quand alors le redoutable « Terminator 2 » ?

L’insécurité  continue de gagner du terrain. Les victimes s’accumulent au quotidien, des cadavres découverts sur des trottoirs, dans des impasses, sur des piles d’immondices… certains ne sont pas déclarés et servent de nourriture pour chien parfois à la vue des enfants! Le kidnapping est finalement institutionnalisé. Des cas d’enlèvement s’opèrent à bord de véhicules identifiés appartenant à la Police. C’est une blague. Une fausse… une vraie fausse blague. Mais ce qui est certain, c’est qu’on ne sait plus à qui faire confiance.

Le silence des autorités est assourdissant face aux déboires de la population haïtienne. Trop préoccupé par l’organisation des élections et le changement  de Constitution, le Président de la République ne fait que déplorer la mort tragique et révoltante des victimes de l’insécurité, confortablement installé derrière son compte Twitter.

Les réseaux  sociaux endurent une inflation démesurée de sentiment de regrets, de colère, de frustration et d’indignation après la mort de la jeune Evelyne Sincère dans des conditions tragiques.  Mais tout le monde se demande quand même 

«à qui le tour ? ».

« Qui sera la prochaine victime ? »

Fedia STANISLAS

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