Oliver Eric Jean-Baptiste : affaire classée, mais toujours non élucidée

Comme tant d’autres histoires de plus en plus bizarres ces derniers temps, l’affaire sur la fuite d’Oliver Jean-Baptiste serait déjà close. Malgré les dissonances grotesques entre les versions racontées dans la rue et les déclarations pressantes d’Eric Jean-Baptiste qui voulait faire croire à l’opinion publique que son fils a failli être victime d’un enlèvement, viennent alors s’ajouter les versions discordantes du concerné lui-même et celles du porte-parole de la Police national, Gary Desrosiers, devant les caméras de journalistes lors de conférences de presse.

Assis entre son frère et son père, avec un drapeau haïtien installé à l’arrière du décor, Oliver Jean-Baptiste, plus confiant et très rassuré cette fois, décide au final de dévoiler sa version des faits au grand public sur ce qui s’était passé le vendredi 29 janvier 2021 sur la route de Carrefour. Muni d’un ordinateur et d’un écran géant, l’homme de 28 ans, dans un exercice de transparence, a profité pour montrer à la presse les données recueillies par le GPS dont a été muni son véhicule, et qui retrace son parcours avant et pendant l’incident, ainsi que la vitesse à laquelle il roulait.

Monsieur Jean-Baptiste a précisé que la plus grande vitesse à laquelle il allait était de 32 km/h, selon bien entendu les enregistrements de son GPS, et que une fois arrêté au niveau de Bizoton 51, à sa grande surprise, s’est arrêté un véhicule d’où ont surgi quatre individus vêtus de l’uniforme de la Police Nationale, lourdement armés après lui avoir barré la route, pointé leurs armes sur le véhicule et vociférant des ordres, ce qu’il n’a pas pris du temps pour interpréter comme un cas de kidnapping. Pris de panique, il a pris la fuite en oubliant même de s’arrêter au niveau des deux postes de police les plus proches.

De l’autre côté, le commissaire Garry Desrosiers, dans une autre conférence de presse, a apporté les précisions de la Police Nationale sur l’incident, en soulignant que la voiture que roulait Oliver Jean-Baptiste a été signalée par une patrouille qui estimait que cette voiture aux vitres teintées, allaient à vive allure avec une seule plaque d’immatriculation visible. Les occupants de la voiture auraient alors refusé d’obéir aux instructions des policiers avant de s’enfuir en heurtant sur leur passage  un agent de la Police et une motocyclette dans leur course.

Si les deux versions ont confirmé qu’il y a eu effectivement une course poursuite, les raisons qui sont à l’origine de cette course poursuite restent jusque-là inconnues. D’autres zones d’ombre demeurent toutefois dans cette histoire : monsieur Jean-Baptiste a pris le soin de rapporter avoir percuté une motocyclette stationnée au bord de la route, mais a omis de révéler qu’il a aussi renversé un agent de la PNH dans sa course.

On rapporte que, après l’incident, monsieur Jean-Baptiste serait rentré chez lui après ses dépositions à la Police, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui. Le premier Ministre Joseph Jouthe lui-même s’en est félicité, car selon lui, Oliver Jean-Baptiste n’a pas obéi aux instructions de la police car il croyait qu’il s’agissait d’un cas de kidnapping. Peut-on croire que désormais aucun citoyen haïtien n’a plus l’obligation de s’arrêter pour la police sous prétexte de croire qu’il s’agit d’enlèvement ? Et pourquoi est-il sorti sans aucune sanction ? Aurait-il payé une amende pour qu’on puisse abandonner les charges qui devraient être retenues contre lui ? De combien ? Quand cette amende a-t-elle été payée ? A qui a-t-elle été versée ?

Il n’est pas sans savoir que Oliver Jean-Baptiste, dans cet incident qui l’a accroché aux forces de l’ordre a commis un ensemble d’infractions évidentes:

Excès de vitesse : Selon le rapport du porte-parole de la police nationale Gary Desrosiers, le véhicule de Oliver Jean-Baptiste roulait à vive allure. Ils n’ont pas précisé à quelle vitesse, mais si une patrouille policière jugeait nécessaire de signaler cette voiture, c’est que cette vitesse n’était pas réglementaire sur la route en question.

Plaque d’immatriculation non visible/lisible : La loi fait obligation à tout véhicule circulant sur la voie publique d’avoir sa plaque d’immatriculation visible et lisible. La police reproche toutefois au véhicule de monsieur Jean-Baptiste de rouler avec une seule plaque visible.

Refus d’obtempérer : on définit le refus d’obtempérer comme un délit routier se caractérisant par le fait qu’un conducteur choisisse de ne pas s’arrêter après qu’il en ait reçu l’ordre de la part d’agents appartenant aux forces de police. En effet, la police a rapporté que Oliver Jean-Baptiste a refusé d’obéir et a préféré prendre la fuite.

Délit de fuite : on rapporte que la voiture de Oliver Jean-Baptiste aurait heurté une motocyclette et un agent de police en refusant de s’arrêter.

Bien entendu, dire qu’il voulait sauver sa vie en croyant qu’il s’agissait d’un cas de kidnapping, ce qui est légitime, mais si les mécanismes par lesquels ces charges ont été éliminées ne sont pas moins obscures que les raisons pour lesquelles Olivier Jean-Baptiste roulait en excès de vitesse.

Enfin, pourquoi le dossier est-il classé alors que les deux versions ne concordent pas ?

Joseph LEANDRE

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