SANTE | Coronavirus en Haïti, la médecine traditionnelle aurait-elle triomphé ?

Le coronavirus, suite à son apparition dans le monde, il y a plus d’un an, a remis en question  presque  tous  les systèmes sanitaires des pays du monde, mêmes ceux qu’on croyait être  les plus performants. En Haïti,  contrairement aux autres pays, le nombre de cas  de Covid-19 reste très faible ainsi que le nombre de décès, en dépit  du non-respect des gestes barrières par la grande majorité de la population haïtienne. Cette situation défie toutes les prévisions des experts pour Haïti.  De mars à  décembre, le pays compte seulement 9 mille cas et 293 décès.  Haïti semble avoir raison de la pandémie.

Le 19 mars 2020, les autorités haïtiennes ont annoncé la découverte de deux cas de coronavirus sur le sol haïtien, alors que, les pays réputés forts pour leur système de santé  se trouvaient dans une situation difficile où ils comptent des cadavres par milliers  et ce presque tous les jours. Ce qui, sans nul doute, a remis en question le système médical mondial. Ainsi pourrait-on parler d’une crise  scientifique, car celle-ci affecte presque tous les secteurs à travers le monde. Plus les jours passent, plus la situation devienait beaucoup plus préoccupante.

Le système sanitaire haïtien face au Covid-19

Haïti est l’un des pays de la Caraïbe  ayant le système sanitaire le plus vulnérable, marqué par le manque d’équipements dans les  hôpitaux et de  médecins  pouvant faire face à toute éventuelle pandémie ou épidémie. Selon le Dr. Jean Hugues Henry’s, ancien doyen de la faculté de médecine de l’UNDH, 40% de la population n’ont pas accès au système officiel de santé. Ce qui fait donc,  suite à l’arrivée du coronavirus  sur le sol haïtien en mars 2020,  que celui-ci pose  un grand  défi à relever  par les autorités haïtiennes, alors que  le pays  se trouvait  dans un contexte où il est miné par une crise socio-économique et politique aigue. On redoute donc une catastrophe sanitaire en Haïti,  selon ce qu’avait annoncé l’infectiologue haïtien docteur Wiliam Pape qui, lors d’une interview accordée au journal Le Nouvelliste, citant des experts des Universités Cornel et Oxford, avait prévu  une situation très sombre pour le pays alors qu’on était au début de la pandémie en Haïti.

La médecine traditionnelle et son  résultat ?

La catastrophe redoutée en Haïti n’a pas eu lieu. Chose étonnante. Qu’est-ce qui s’est passé ? La pratique de la médecine traditionnelle reste très  courante en Haïti et surtout dans les  saisons de  grippes.  Elle (la médecine holistique)  semble avoir défié toute prévision de la médecine analytique. Des personnes testées positives au coronavirus, au lieu de recourir à la médecine scientifique ont préféré se livrer à la médecine traditionnelle.

Astana Pierre, une jeune comptable,  âgée de 29 ans, avoue avoir été testée positive au coronavirus à la suite de l’apparition de certains signes et de  symptômes. «Je ne voulais pas effectuer le test au départ. Mais, comme je travaille à une institution, on m’a demandé  de le faire. Après avoir eu mon  résultat, j’ai du rester chez moi. J’ai bu beaucoup de thé,  composé de l’aloe vera, (lalwa en créole), du gingembre, etc.», a-t-elle révélé, tout en précisant  qu’elle n’avait pas porté de masque malgré qu’elle soit testée positive.

Judnael Joseph, étudiant à l’université d’Etat d’Haïti, se trouvant dans la petite vigntaine,  confie avoir été testé positif au coronavirus, mais a continué de vaquer à ses activités quotidiennes et il a du recourir à la médecine traditionnelle pour se faire soigner.

« Je crois à la médecine traditionnelle. Une fois testé positif, je commence à boire  beaucoup de thé : amwaz, gingembre et la loevera mélangé à du miel », a-t-il raconté.  

À cela s’ajoute, un groupe de recherche de remèdes à base de feuilles (phytothérapie) a publié, sous la direction de Marilise  Neptune Rouzier, biologiste et botaniste,  un ouvrage collectif de 140 pages intitulé « Covid-19 : la médecine  traditionnelle haïtienne à l’œuvre ». Cet ouvrage recueille des témoignages des personnes guéries  ayant utilisé des remèdes haïtiennes à base de feuilles.

Immunité collective ?

Une étude  britannique, publiée par l’impérial Collège de Londres le 27 octobre 2020, citée par le journal France 24, démontre que les défenses fournies  par les anticorps  ne durent pas. « Les nouveaux  anticorps  diminuent plus vite pour le SARS-Cov-2 que d’autres coronavirus saisonniers », résume Jonathan Stoye, l’un des chercheurs de cette étude. Cela dit qu’Haïti ne doit pas compter sur l’immunité collectivepour sa population. À rappeler que la période allant de mai jusqu’à juillet 2020, la population haïtienne  était frappée d’une vague de grippe et de fièvre, qualifiée par la population de « Ti-lafyèv » ou de « ti-malèz.»  De quoi s’agit-il réellement ?

Si on devrait s’attendre à 5 700 morts avant le pic de la maladie, dans le meilleur scénario possible, selon l’infectiologue à la renommée nationale et internationale, Dr. Pape, aujourd’hui, dix  mois après, Haïti compte  moins de 10 mille infectés,  plus de 8 milles cas de guérison et moins de 300 cas de décès liés au  covid-19.  Face à cet état de fait, une étude approfondie sur la pharmacopée locale s’avère une nécessité d’étude actuellement pour mieux saisir l’évolution de la maladie sur le sol haïtien.

Wilder SYLVAIN

Bouton retour en haut de la page
Recevoir les Notifications ?    OK NON